Type d'article
Brève

Jean de Saint-Samson, objet d’un colloque aux Archives départementales

À l’occasion du colloque international sur Jean de Saint-Samson, carme du XVIIe siècle, qui se tiendra du 28 septembre au 1er octobre 2022, François Trémolières, professeur de littérature française au Cellam, et Georges Provost, historien à Tempora, enseignants-chercheurs à l’Université Rennes 2, nous présentent ce personnage, auteur de nombreux écrits.

Qui était Jean de Saint-Samson ?

G. Provost. C’était un mystique de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe, qui a passé l’essentiel de sa carrière monastique à Rennes et dont l’enseignement rayonnait au sein de son couvent et de son ordre, le Carmel.
Il est aveugle depuis sa toute petite enfance, ce qui lui interdit d’être prêtre car il ne peut pas célébrer les offices. Frère laïc (un statut secondaire dans sa famille monastique), il tire son importance de sa communication privilégiée avec les réalités divines : on lui reconnaît à l'époque un don de prophétie. À partir du début du XVIIe siècle, la Réforme de Touraine, portée par un mouvement interne important, pousse l’ordre à revenir à l’esprit initial de la Règle sur la question de la clôture et du rapport à la pauvreté, - les carmes appartiennent à un ordre mendiant. Jean de Saint-Samson devient le maître spirituel de cette réforme monastique qui a essaimé dans tout l’ouest de la France et jusqu’en Flandres. Il est très influent auprès des maîtres et des novices et son enseignement, qui est essentiellement personnel et oral, a très vite des manifestations écrites. Jean de Saint-Samson meurt à Rennes en 1636, suscitant des formes de culte sur son tombeau, à l’église des Carmes, qui se trouvait rue Vasselot. Il lègue des textes, - des copies, pas des autographes puisqu’il était aveugle - , qui sont l’essentiel de son témoignage et le motif premier du colloque que nous organisons.

Quelles sont les particularités de l’œuvre de Jean de Saint-Samson ?

F. Trémolières. Quand on évoque l’œuvre de Jean de Saint-Samson, il faut savoir de quoi on parle : parle-t-on de ce qui a été publié, de ce qui est connu ou de ce qui reste à publier ? Les Archives départementales d’Ille-et-Vilaine conservent un fonds carme très important et un sous-ensemble Jean de Saint-Samson de plus d’un millier de feuillets, ce qui est exceptionnel. Ces manuscrits sont d’une copie très homogène et très propre. Il faut savoir que les œuvres de Jean de Saint-Samson n’ont pas été publiées sous son contrôle. L’effort d’édition s’est traduit à la fin des années 1650, plus de vingt ans après sa mort, et on constate très vite un écart important entre les manuscrits conservés et les éditions. C’était habituel au XVIIe de modifier des textes qu’on publiait, mais ce qui est plus étonnant, c’est qu’on se soit permis des critiques à chaud sur ce travail d’édition. La renommée de Jean de Saint-Samson a continué dans la seconde moitié du XVIIe siècle, ses œuvres sont citées et traduites en latin et en italien. C’est un enseignement mystique, orienté sur l’expérience religieuse. Ses méditations sur le Christ prennent la forme d’un corpus poétique important qui représenteront un volume entier des Œuvres complètes : ce corpus est une quasi découverte parce qu’au XVIIe siècle, seuls sept poèmes sont parus, qui, en outre, ont été abondamment modifiés.

G. Provost. Quand Jean de Saint-Samson est mort, les frères du couvent ont eux-mêmes fait des poésies, on en a des dizaines conservées certaines en latin, d’autres en français, des sonnets, des anagrammes… Cela fait partie de la culture monastique du temps.

Une édition des Œuvres complètes de Jean de Saint-Samson est en cours.

F. Trémolières. L’actualité de Jean de Saint-Samson est interne au Carmel qui a décidé de soutenir un travail important d’édition de ses œuvres et de relancer à Rome la cause de canonisation. Le travail d’édition des Œuvres complètes remonte quasiment à un demi-siècle. Ce travail a été lancé selon les principes de l’édition savante par un carme néerlandais qui sera présent au colloque, Hein Blommestijn. Ce carme avait été l’élève à Paris de Jean Orcibal qui était directeur d'études à l’École pratique des hautes études. La thèse de Blommestjin constitue le début de ce travail d’édition : elle a été soutenue au début des années 80 et publiée à Rome par les Carmes. Ensuite, Blommestjin a publié trois volumes, savants du point de vue de l’édition du texte, mais sans annotation. Il a fallu attendre encore vingt ans avant que l’ordre ne relance ce travail en en confiant la direction à un jeune carme, Charlò Camilleri, professeur à l’université de Malte, qui est l’un des organisateurs du colloque. Un volume est sorti en 2020, grâce au travail d’un historien, Yves Durand, un nouveau volume va paraître à l’occasion du colloque, tous deux sous la supervision de BlommestijnC’est une entreprise de très long terme : il reste encore la moitié des manuscrits à publier. L’édition a été prévue en onze volumes, mais des volumes doubles sont déjà annoncés.