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Interview

Léna Prestel, lauréate du concours d’écriture Faites court !

À l’occasion des JACES (Journées Arts & Culture dans l’Enseignement Supérieur), nous vous révélions le nom des lauréat·e·s de notre concours d’écriture Faites court !

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Léna Prestel

Proposé depuis vingt-deux ans, le concours de formes courtes continue de susciter un fort engouement. Cette année, c’est le thème Ici, maintenant qui a inspiré de nombreux·ses candidat·es.

Selon Oscar Wilde, « on a conscience avant, on prend conscience après ». Comment cependant vivre et être pleinement dans le moment présent ? Quelle expérience de l’instant pouvons-nous faire ? Utilisé depuis l’Antiquité, le hoc et nunc en latin caractérise une attitude qui consiste à « vivre en étant ancré dans la réalité présente ». Alors que le monde traverse actuellement une crise majeure et historique, tous les regards sont désormais tournés vers l’avenir. Comment penser le monde d’après ? Et si cette période nous forçait à expérimenter un autre rapport au temps et à l’espace, et donc à nous-même ?

Nous tenons à remercier tou·te·s les étudiant·e·s pour leur participation et félicitons une nouvelle fois les gagnant·e·s de cette édition 2021 : Jérémie Chapelain, Léna Prestel et Marie Masselot. Nous vous proposons d’en savoir un peu plus sur chacun·e au travers de trois courtes interviews. Découvrez aujourd’hui Léna Prestel, actuellement en deuxième année de licence Information et communication. Lauréate du concours et autrice de la nouvelle La belle au beau moment, elle a répondu à nos questions.

Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

Léna Prestel. Je suis rennaise, j’ai vingt ans, et j’étudie l’Information-communication à Rennes 2. J’ai choisi cette formation pour me rapprocher du journalisme, mais je trouve toujours un moyen de me frayer un chemin vers la littérature et l’écriture ; que ce soit par mes activités ou par les options que je choisis à l’université.

J’écris des histoires depuis que je suis toute petite. C’est surtout grâce à mes professeur·e·s de français que j’ai vraiment pris et gardé contact avec l’écriture. Iels m’ont beaucoup encouragée. J’aime bien dire, pour plaisanter, que j’ai écrit mon premier roman au CP. Il s’agissait en fait de quelques feuilles agrafées, gribouillées aux crayons de couleurs, où je racontais l’histoire de trois pingouins.

Quel est votre rapport à la lecture, la littérature ?

L. P. J’ai eu la chance de grandir dans une famille pour qui la lecture est très ancrée dans la culture et l’éducation. Lire a donc toujours été quelque chose de normal, d’accessible pour moi. Petite, je lisais des BD quand je m’ennuyais en classe en les cachant dans mon casier. Et depuis toujours, quand un livre m’attrape, je suis aspirée dedans au point que je n’entends plus quand on me parle. Je ne compte plus le nombre de poteaux que je me suis pris en marchant.

Aujourd’hui, j’ai un rapport particulier à la lecture et à la littérature. J’alterne des phases de lecture très intenses, pendant lesquelles je peux lire deux ou trois livres par semaine, avec des phases où je ne lis rien, qui peuvent durer plusieurs mois. C’est dans ces moments-là que j’écris le plus.

Qu'est-ce qui vous a inspiré pour écrire La belle au beau moment ?

L. P. Je n’avais pas vraiment d’idée, jusqu’à ce que dans la présentation du concours, je vois écrit « conte », quelque part entre parenthèses. J’aimais bien l’idée, c’est de là que je suis partie. Le conte est aujourd'hui un peu connoté en tant que littérature pour enfants, alors que c’est certainement une base de notre civilisation. Et puis, je trouvais que c’était une forme littéraire qui me correspondait bien. Il y a une sorte de fausse légèreté dans le conte, qui me plaît beaucoup.

Pour ce qui est de l’histoire en elle-même, je me suis un peu laissée porter - par les incertitudes de notre époque et celles qu’on a quand on est jeune, par l’injonction à vivre au jour le jour, l’idée de vivre sans cesse à la quête du bonheur… Le désir est le propre de l’Homme, il le fait à la fois accomplir de grandes choses et courir à sa perte. Peut-on vraiment y échapper ?

J’ai explicité cette pensée après coup seulement. Au moment de l’écriture, j’ai juste couché sur le papier ce qui me venait, en partant du thème et de l’idée de conte. C’est sorti spontanément.

Avez-vous une pratique d'écriture individuelle ? Avez-vous déjà participé à d'autres concours littéraires ?

L. P. J’écris dans mon coin, mais j’ai souvent besoin d’un cadre pour me motiver à le faire. C’est surtout pour ça que je participe à des concours littéraires, plusieurs fois par an. La plupart du temps, sans succès ! Avant, j’étais très déçue quand je ne gagnais pas. Mais au fur et à mesure que j’ai poursuivi mes efforts, j’ai davantage perçu ces concours comme de très bons exercices.

Ça m’a beaucoup fait progresser et lâcher prise quant à l’idée qu’il fallait avoir du talent, et qu’il soit reconnu, pour mériter d’écrire ou d’être satisfait·e de ses textes.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ? Et votre dernier coup de coeur ?

L. P. Je crois que ma première grande découverte littéraire s’est faite à huit ans, en lisant Le bon gros géant de Roald Dahl. Ça a longtemps été mon livre préféré. Je suis tombée amoureuse de cet auteur, qui arrive à faire rire, peur, et pleurer dans un même chapitre. C’est un génie de la littérature jeunesse, parce qu’il écrit aussi pour les adultes. En tant qu’enfant, on sent qu’on n’est pas pris de haut en le lisant. C’est aussi ce qui m’a plu chez lui.

Mon dernier livre coup de coeur, c’est La vérité sort de la bouche du cheval, de Meryem Alaoui. A travers la narration à la première personne d’une prostituée de Casablanca, l'auteure dresse un portrait de la misère et de la société marocaine. Je trouve que ce roman sonne très juste, tant par l’ambiance qui y est dépeinte que par le ton. Il n’y a rien qui soit pointé du doigt, décrié ou encensé. C’est simplement : « voilà comment ça se passe » ; sans fioritures.

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui hésiterait à se lancer dans l'édition 2021 de ce même concours ?

L. P. Osez ! Vous n’avez rien à perdre, bien au contraire. Le format est très libre, il y a de la place pour toutes les idées, toutes les expériences littéraires, tous les styles. Et être contraint·e à une page maximum, ça peut être une bonne occasion de se lancer ! Cette édition 2021 a prouvé que le jury récompense l’originalité. A mon avis, pour qu’il y ait une chance que ça marche, il faut avant tout se faire plaisir. Dans le pire des cas, vous aurez juste réalisé quelque chose dont vous pourrez être fièr·e individuellement ! En matière d’art et de littérature, j’aime bien cette phrase qui dit : « Shit art is better than no art ». Peu importe si ce n’est pas parfait ! L’important, c’est que ça existe.

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Retrouvez les textes primés dans le recueil disponible en version numérique, accompagnés d’illustrations issues du concours de dessin Esquissez !

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Sur C-lab, découvrez un entretien avec Jérémie Chapelain, lauréat du concours d'écriture, Isabelle Picault, conservatrice, responsable de département médiation au SCD (BU de l'Université Rennes 2) et membre du jury et Morwenna German chargée d'action culturelle au service culturel.

Leur interview est suivie de la lecture des nouvelles lauréates par la comédienne Rozenn Fournier de la compagnie KF.

Faites court ! Un concours d'écriture prolifique, une émission C-lab

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