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Interview

Étudier et enseigner de l'autre côté de l'Atlantique

Ancienne étudiante à Rennes 2, Camille Le Pioufle a été recrutée en 2019 comme Graduate Teaching Assistant à l'université du Nouveau-Mexique, aux États-Unis, grâce à une convention entre les deux établissements. Ce programme lui permet à la fois d'être inscrite en master avec une prise en charge des frais de scolarité et d'enseigner le français à l'université en étant rémunérée.

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Camille Le Pioufle

Qu'est-ce qui vous a motivée à candidater pour cet échange avec University of New Mexico ?

Camille Le Pioufle Je candidatais déjà pour des programmes doctoraux aux États-Unis de mon côté, mais je savais que la concurrence était très rude. Quand Anthony Larson, le directeur de l'UFR Langues et Virginie Rousseau (PRAG d'anglais) ont présenté cette opportunité de se familiariser avec le ‘graduate system’ universitaire américain en poursuivant un autre Master tout en enseignant à l’université, j’ai pensé que cela pouvait constituer une excellente expérience pour la poursuite d’un parcours professionnel universitaire. Le fait d’avoir une source de revenus considérable et d’avoir les frais de scolarité financés par l’université du Nouveau-Mexique est bien sûr un énorme plus.

Comment s'est déroulée l'épreuve de sélection ?

C. L. P. J’ai d’abord dû présenter un dossier de candidature à M. Larson et Mme Rousseau puis j’ai passé un entretien avec eux pour expliquer mes motivations. Une fois sélectionnée, j’ai entamé la procédure pour m’inscrire à l’université du Nouveau-Mexique. La procédure d’inscription, je dois l’avouer, peut paraître assez lourde, mais le personnel du département de Foreign Languages et Literatures est très aimable et réactif. J’ai dû repasser mon IELTS (ou TOEFL) qui était périmé et envoyer un ‘Statement of Purpose’ (une lettre de motivation) ainsi que mes relevés de
notes universitaires traduits à l’université. Une fois inscrite, il a fallu obtenir le visa.

Aviez-vous des appréhensions au moment de partir ?

C. L. P. Comme j’avais déjà passé deux semestres dans une université américaine grâce au programme d’échange de Rennes 2, le fait de repartir et de vivre aux États-Unis n’était pas effrayant. C’est plutôt le fait de devoir enseigner le français à des étudiants et d’avoir la responsabilité totale de mes classes, chose pour laquelle je n’avais presque aucune expérience, qui me donnait un peu plus d’appréhension.

Comment s'est passée votre arrivée à Albuquerque ? Comment avez-vous été accueillie ?

C. L. P. Mon arrivée s’est très bien passée, l’université est magnifique et le personnel du département où je travaille est vraiment sympathique et accueillant. Nous avons commencé par une semaine d’intégration pour les teaching assistants pour que l’on ait toutes les clés en main pour commencer les cours de façon sereine.

Comment êtes-vous logée ?

C. L. P. J’ai réservé mon logement avant d’arriver. L’université ne prend pas en charge notre logement et c’est à nous de nous débrouiller. Je vis dans une ‘gated community’, une sorte de résidence étudiante en maisons individuelles, à quinze minutes à peine en navette gratuite de l’université. Je vis avec quatre  colocataires et j’ai ma propre chambre et salle de bain. Il y a aussi une piscine, jacuzzi, salle de sport… Le loyer est très raisonnable.

Avez-vous trouvé facile de vous intégrer ?

C. L. P. Je trouve que les américains sont naturellement très accueillants en général. Le fait d’être à la fois étudiant et enseignant permet de rencontrer énormément de personnes.

Dans quel parcours êtes-vous inscrite ? Comment se déroulent les cours ?

C. L. P.  Je suis en Master Comparative Literature and Cultural Studies avec une concentration en Cultural Studies. Ce semestre, je suis quatre cours dont deux sont ‘seulement’ des cours de pédagogie et de développement professionnel. Les deux autres cours sont en littérature et demandent beaucoup de travail personnel. Il y a des ‘requirements’ pour obtenir le Master et il faut établir un programme d’études avec les classes que l’on souhaite prendre. J’ai préféré garder ce premier semestre assez léger en termes de cours pour pouvoir bien préparer les classes de français que j’enseigne. Comme je serai un peu plus habituée au prochain semestre, je prendrai plus de cours.

Vous travaillez aussi pour l'université. Quelles sont vos missions de "Graduate assistant" ?

C. L. P. En tant que teaching assistant, j’enseigne le français à deux classes, chacune trois fois par semaine, pour une durée de 50 minutes par cours (donc environ 6 heures de cours par semaine). Je prépare mes cours, j’enseigne, je corrige les examens… Je suis le programme d’un livre, mais je reste très libre sur le contenu des cours.

Qu'est-ce que cette expérience à l'étranger vous a apporté ?

C. L. P. J’adore vivre à l’étranger et voyager, et cette expérience est formidable pour tester ma capacité d’adaptation et ma réaction aux challenges.

Quelles sont les différences principales que vous avez observées entre le système américain et le système français ?

C. L. P.  C’est surtout au niveau du travail personnel que l’on sent une différence. Suivre un cours de ‘graduate level’ demande beaucoup d’implication et de régularité dans le travail personnel. Il y a énormément de lectures (pour certains cours presque un roman toutes les deux semaines) et divers assignments qui sont toujours très intéressants. La notation se fait donc sur tout le semestre et pas seulement sur l’essai final. Quant à l’atmosphère en classe, il y a plus de dialogue et de participation entre étudiants et avec le professeur, il faut encore une fois être très impliqué.

Avez-vous l'occasion de voyager à travers les États-Unis pendant ces deux ans ?

C. L. P. J’adore voyager alors je profite de chaque occasion pour explorer un peu plus les États-Unis. Et je pense que ce serait du gâchis d’être ici sans profiter de tous les paysages et différentes cultures qu’offrent les États-Unis.

Qu'est-ce que vous conseilleriez à un·e étudiant·e qui hésiterait encore à candidater ?

C. L. P. À première vue, Albuquerque peut sembler un peu au milieu de nulle part et ça peut en freiner certains. Mais c’est vraiment une ville sympa et l’université est top. Le coût de la vie est beaucoup moins élevé que dans d’autres grandes villes des États-Unis. Les amateurs de nature, de randonnées et de grands espaces sont servis ici, avec les montagnes et les forêts au nord et le Colorado juste à côté. Le Grand Canyon est aussi à ‘seulement’ six heures de voiture. Et le soleil brille tous les jours, ou presque! Enfin, le master proposé est très intéressant, avec un choix de sujets de recherche assez vaste pour un mémoire. L’opportunité d’enseigner au niveau universitaire est aussi incroyable pour gagner de l’expérience et savoir si l’enseignement plaît ou pas. Je conseille donc de sauter le pas et de saisir cette opportunité pour découvrir la vie dans un autre pays, et se découvrir soi-même.