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Interview

À l’occasion de la Nuit de la lecture, Martin Poirot interroge l’essence de la création

Le 22 janvier de 18h à minuit, vous avez rendez-vous sur la plateforme Twitch pour célébrer la Nuit de la lecture ! Fêtez avec nous le plaisir de lire lors d’une soirée inédite organisée par le service culturel en partenariat avec C-Lab, les bibliothèques universitaires et le metteur en scène, Martin Poirot.

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Martin Poirot

Depuis 5 ans maintenant, le ministère de la culture a créé un moment de partage autour d’un événement intimiste nommé Nuit de la lecture . À cette occasion, de nombreuses propositions sont mises en place par les librairies, bibliothèques et médiathèques. Bien que ce rendez-vous se déroule cette année à distance, nous ne manquerons pas de fêter le plaisir de lire nous aussi ! Au programme de cette soirée que nous avons choisi de dédier à la thématique de “L’artiste au travail” : lectures, rencontres, émissions live et animations.

Malgré un contexte difficile, Martin Poirot a mené avec des étudiant·e·s volontaires un atelier et une résidence pour préparer des lectures à voix haute qui seront présentées lors de cette soirée. Sur la base d’un corpus explorant le thème de l’artiste au travail abondé par des suggestions d'enseignant.e.s pluridisciplinaires de Rennes 2, les participant·e·s ont ainsi mis en place un programme de lecture théâtralisées accompagnées d’une mise en espace. Cette Nuit sera l’occasion de traverser les époques, les mouvements et d’entendre les paroles d’artistes ou de critiques pour tenter de saisir l’essence de la création.

Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?

Martin Poirot. D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu travailler dans le milieu théâtral. J’ai commencé à 8 ans dans une compagnie de théâtre amateur vosgienne en tant que comédien. J’y suis resté jusqu’à mes 18 ans. Entre 15 et 18 ans, j’ai suivi un baccalauréat littéraire  avec enseignement de détermination art dramatique à Nancy. C’est là que la mise en scène s’est imposée à moi lors d’une représentation d’ Hedda Gabler par Richard Brunel. C’est lors de cette représentation que j’ai saisi la force symbolique du théâtre, que lorsque les moyens techniques sont mis au service du texte, on ne peut être que traversé par ce que l’on voit et se construire par rapport ou contre ça. Le regard du·de la spectateur·rice s’aiguise, l’esprit critique s’affine et vient le temps de la pratique. À force d’aller au théâtre, je me suis dit pourquoi pas moi ? Et j’ai commencé à être assistant à la mise en scène sur des spectacles historiques avec les Compagnie de l’Odyssée ou Voix et Lumière de Jehanne, toujours dans les Vosges. Puis j’ai vécu à Paris pendant deux ans ou je continuais à jouer dans les productions cinématographiques des copains et où je faisais de la figuration sur des plus grosses productions. Pendant cette période, j’ai écrit des textes pour agrémenter les visites guidées d’un château, que je mettais en scène également.

Ceci m’a amené à Nantes ou j’ai été, pendant 6 mois, guide dans le musée de Louis de Funès. Amener le théâtre dans des lieux du patrimoine, des musées me plaît beaucoup. Je me suis inscrit à Rennes 2 en Histoire de l’Art pour acquérir et développer une culture historique et artistique tout en continuant la création théâtrale. J’ai eu la chance de monter à Rennes, du Feydeau, Labiche, Anouilh ou encore Kwahulé grâce à mes interventions en tant qu’artiste pédagogue à l’I.G.R. ou au sein de l’association Jeanne d’Arc. La transmission de cette passion à un public d’amateur·rice·s est primordiale pour moi. Et enfin depuis 2020, j’ai co-fondé avec une camarade de lycée la Compagnie Bain-Marie dans laquelle je suis comédien, metteur en scène et auteur.

“ L’artiste au travail ”… pourquoi ce thème s’est-il imposé ?

M. P. Personnellement, je ne crois pas à l’artiste créateur·rice touché·e par la grâce inspiratrice en pleine nuit. Je pense que les artistes se  mettent dans certaines conditions pour arriver à la création, en tout cas c’est ce que je vis en tant que metteur en scène, comédien ou auteur. Et c’est cela qui m'intéressait de découvrir et d’approfondir dans différentes disciplines comme les arts plastiques, la musique, l’écriture à travers des textes d’artistes venant de tous horizons. Les questions qui me traversent sont les suivantes : « quand et comment arrive la création ? » mais aussi « dans quelles conditions ? ». Comme n’importe quel·les travailleurs·euses, l’artiste recherche des conditions optimales pour la création, c’est ce que nous constatons à la lecture de nombreux écrits. Ce thème s’est également imposé à moi pour ré-affirmer que l’artiste est aussi essentiel qu’un·e agent immobilier, qu’un pompier ou qu’un·e agriculteur·rice pour le bon fonctionnement de la société.

En tant que metteur en scène, comment avez-vous été touché par la crise sanitaire ? Quelles réorganisations liées à la situation actuelle avez-vous dû mettre en œuvre ?

M. P. Ayant été privé des lieux dans lesquels je travaillais j’ai dû imaginer d’autres formes de liens avec mes camarades de travail notamment des visio-conférences pour répéter des textes... mais tout cela s’est très vite épuisé. La direction d’acteur·rice, par exemple, atteint rapidement certaines limites, les corps sont mis à rudes épreuves quand les partenaires de jeu ne sont pas dans la même pièce. Parfois ces outils technologiques ont donné naissance à des rendus spectaculaires à part entière mais les visios ne peuvent pas devenir une finalité pour les oeuvres artistiques. Rien ne remplacera jamais le fait d’assister à un concert ou une pièce de théâtre en direct et en physique. En théâtre, le présentiel est une condition indispensable au bon déroulement de la discipline.

Vous menez un travail de préparation de lecture à voix haute auprès des étudiant.e.s volontaires pour participer à la Nuit de la lecture édition 2021. Quel est l’objectif durant la semaine de résidence qui précède cet événement ?

M. P. Etant donné les conditions particulières de cette Nuit de le lecture qui se fera en stream sur Twitch, cette semaine sert à mettre en place ce que j’ai pu imaginer en corrélation avec la technique. Le rendu final est quelque chose qui est pensé pour le stream et pas pour un plateau de théâtre. J’utilise ces outils techniques : les micros ou les caméras comme un atout, un appui pour la création. Toutes ces choses concentrent mes ambitions pour les rendre plus puissantes. De plus, il y a une autre technique que nous allons travailler cette semaine avec les participant·e·s, la
technique vocale. Avant d’attaquer le travail, je ferai en sorte d’échauffer les corps et la voix pour ménager les participants afin que ceux-ci puissent tenir sur la longueur de la lecture.

Et vous, quel lecteur êtes-vous ?

M. P. Je me définirais comme un lecteur papillonnant. Il m’arrive très régulièrement de me procurer un livre que je lis sans pouvoir m’arrêter et parfois je lis seulement le début et le reprends quelques temps. De ce fait, je suis sur plusieurs livres en même temps pendant que d’autres sont en attente. Tout ça est très irrégulier et je fonctionne beaucoup à l’envie.

 

Découvrir la programmation de la Nuit de la lecture et le corpus de texte composé par Baptiste Brun, Laurence Corbel, Nathalie Rannou et Charline Pluvinet, enseignant·e·s chercheur·se·s à l’université Rennes 2.

Titre de l'encadré
Informations pratiques
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Nuit de la lecture | L’artiste au travail

Vendredi 22 janvier 2021, 18h > 23h
Soirée gratuite en ligne. Rendez-vous sur http://www.twitch.tv/radioclab

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