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Morgane, Mélusine et Viviane, ou « la construction de notre patrimoine légendaire »

Joanna Pavlevski-Malingre, ATER en langue et littérature médiévales, membre du Centre d’études des langues et littératures anciennes et modernes (CELLAM) et du Centre d’Étude des Textes Médiévaux (CETM), nous présente la journée d’études consacrée à trois fées emblématiques du Moyen Age, qui se tiendra le 29 octobre 2021 à Rennes 2.

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Affiche journée d'études fées Rennes 2

Pouvez-vous nous présenter brièvement ces trois personnages : Morgane, Mélusine, Viviane ?

Joanna Pavlevski-Malingre : Ce sont les trois fées les plus connues du Moyen Âge : Morgane et Viviane sont deux fées arthuriennes et Mélusine une fée de la fin du Moyen Âge qui n’est liée à la matière de Bretagne que de manière ténue. Dans le livre Les fées au Moyen Âge, Morgane et Mélusine, La naissance des fées, Laurence Harf-Lancner, spécialiste de la littérature française du Moyen Âge, opposait les histoires de Mélusine et de Morgane : Mélusine se rend dans le monde des hommes pour leur accorder ses bienfaits, alors que Morgane enlève ses amants jusque dans l’autre monde. Elles sont souvent considérées comme des doubles inversés.

Mélusine, ce n’est pas une sorcière ? Quel est le lien entre les fées et les sorcières ?

JPM : Il n’y a pas de lien direct : contrairement aux fées, on trouve très peu de sorcières dans la littérature du Moyen Âge. La plupart des procès pour sorcellerie datent du XVIe siècle, et le Malleus Maleficarum, un traité très connu sur la sorcellerie, a été publié en 1486 ou 1487. C’est une figure qui été transposée au Moyen Âge car c’est un âge sombre dans l’imaginaire collectif. Les auteurs de la bande-dessinée Mélusine, Clarke et Gilson, ont fait de Mélusine une sorcière, ce qu’elle n’était que de façon anecdotique dans la littérature et le folklore, à partir du XVIe siècle. Ils ont sans doute simplement repris ce nom parce qu’il évoque quelque chose de magique.

Parlons du projet de la journée d’études : pourquoi s’intéresser particulièrement aux fées?

JPM : J’ai fait ma thèse sur Mélusine par intérêt personnel pour le merveilleux au Moyen Age et son lien avec le politique, et j’ai étudié les enjeux politiques contemporains liés à cette figure, notamment féministes. C’est le propre de la figure mythique de s’adapter aux considérations de chaque époque. J’ai donc eu envie d’ouvrir ma réflexion. Avec mes collègues du CETM, Christine Ferlampin-Acher, spécialiste du merveilleux arthurien, et Fabienne Pomel, qui a notamment étudié la réception de Viviane dans l’œuvre de Michel Rio, nous nous demandons si l’opposition structurelle des récits mélusiniens et morganiens est toujours pertinente après le Moyen Âge. L’objet de la journée d’études, ce sont les hybridations, les contaminations réciproques de ces trois fées après le Moyen Âge dans différents médias, dans la littérature mais aussi dans les arts au sens large. Par exemple, Mélusine n’est pas arthurienne à la base, et pourtant elle est assimilée aujourd’hui à la matière de Bretagne. Comment cette implantation sur notre territoire s’est-elle produite ? Cela pose la question, plus large, de la construction de notre patrimoine légendaire.

Quels sont les temps forts de cette journée ?

JPM : La journée s’ouvre avec une communication de Laurence Harf-Lancner ; c’est une vraie chance de pouvoir écouter cette professeure émérite de La Sorbonne dont les conférences sont toujours brillantes et accessibles.

A noter également, le jeudi 28 octobre à 18h30 aura lieu, salle Pina Bausch, la soirée « Voix de fées », organisée par l’association des jeunes chercheur·e·s du CELLAM, Ad Hoc. L’actrice Rozenn Fournier lira des extraits de textes sur nos trois personnages, et mes collègues et moi-même les commenterons brièvement. Un texte arthurien inédit, traduit et présenté par Lucie Blouin, doctorante au CELLAM, fait entre autres partie du florilège des textes choisis, parmi lesquels on trouve aussi l’Enchanteur pourrissant ou Mélusine des détritus. Il n’y a pas forcément de lien direct entre ces textes et les communications de la journée d’études : nous avons privilégié des critères esthétiques, nous avons choisi des textes que nous aimions et avions envie de partager. Je retracerai par exemple l’évolution du cri de Mélusine à travers les siècles. C’est un plaisir rare pour les enseignants comme pour les étudiants de pouvoir, sans aucune considération utilitaire, s’asseoir pour écouter des textes, sans autre enjeu que d’en apprécier la beauté.

Retrouvez les informations pratiques et le programme complet de la journée d'études "Morgane, Mélusine, Viviane : les fées après le Moyen Âge. Réception, hybridations et réappropriations de trois figures féériques médiévales".
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