Type d'article
Brève

Perspectives canadiennes sur les politiques publiques

Enjeux de la gouvernance métropolitaine, mobilité durable et opportunités de recherche au Canada : voici quelques thématiques abordées par Anne Mévellec, spécialiste des politiques urbaines et des politiques publiques à l’Université d’Ottawa, lors de son séjour à Rennes 2. Rencontre. 

Image
Anne Mévellec photo

Pourquoi avoir choisi de postuler à la Chaire internationale en humanités et sciences sociales de Rennes 2 ? 

Depuis quelques années maintenant, j’ai une relation de travail étroite avec les chercheur·euse·s de Rennes, et plus précisément avec le centre de recherche ARENES. De plus, j’ai fait ma licence en histoire et sciences sociales à Rennes 2 et j’y ai été plus tard maître de conférences. J’ai aussi développé des liens assez étroits avec l’UFR de sciences sociales, notamment avec Sébastien Ségas, son directeur-adjoint, avec qui je travaille régulièrement. 

Nous avons mis en place une sorte d'échange en sciences sociales entre Ottawa et Rennes. Je suis convaincue que pour créer un lien solide entre deux institutions, il faut vraiment commencer par encourager leurs employé·e·s à échanger et à collaborer régulièrement, et je suis ravie de pouvoir le faire avec Sébastien. Notre collaboration a rapproché nos deux établissements: nous avons pu organiser ensemble des ateliers et il est également venu au Canada pour un colloque. C’est ainsi que, dans le prolongement de cette dynamique, j'ai déposé mon dossier de candidature. 

Pourriez-vous nous présenter les deux séminaires que vous avez conçus et animés? 

J’ai conçu le premier séminaire pour les doctorant·e·s et quelques étudiant·e·s en master d'ARENES. Au programme, plusieurs questions auxquelles j’ai répondu au fil de mon intervention: comment s'y prendre pour trouver un stage de recherche au Canada ? Quels sont les éléments distinctifs du monde de la recherche canadienne qu'il faut prendre en compte lorsqu'on envisage de faire carrière dans ce pays ? 

Le système canadien a une approche, une façon de penser la recherche qui est un peu différente de celle propre au système français. En cela, il est plus proche du système américain, et il est donc utile pour les étudiant·e·s français·e·s de le connaître et de comprendre ces différences dès le départ. Par exemple, au Canada, les universitaires qui souhaitent entreprendre un projet de recherche doivent d'abord obtenir une approbation éthique de leur université. Avant de pouvoir interviewer des gens ou d'aller sur le terrain, il faut pouvoir en expliquer les raisons et montrer le travail de cadrage effectué en amont. Je ne veux pas dire que les Français·e·s n'y pensent pas, mais au Canada, la procédure est plus formalisée. 

Le deuxième séminaire a porté sur mes travaux de recherche qui s'inscrivent dans le troisième axe du groupe de recherche ARENES,  co-dirigé par Sébastien Segas. J'ai présenté un exposé sur la gouvernance de la capitale nationale, Ottawa, et la question des transports. Le séminaire s'intitulait "La gouvernance métropolitaine dans la région de la capitale nationale du Canada : le transport comme source de capacité institutionnelle ? « . Mon travail de recherche présente une analyse de la région métropolitaine d'Ottawa-Gatineau, avec sa configuration territoriale et gouvernementale originale. Cette région est traversée par une frontière " interne " qui sépare deux provinces (Ontario et Québec) et les villes d’Ottawa et Gatineau qui se font face, avec Ottawa capitale fédérale du Canada. Dans ce contexte, mes travaux visent à mieux comprendre les manifestations et les enjeux de la gouvernance métropolitaine et, en particulier, la question des liens interprovinciaux et de la mobilité durable en mettant l'accent sur la perspective de l'offre de transport en commun. 

Pouvez-vous nous parler du projet que vous souhaitez développer avec Sébastien Ségas ? 

Ce que nous aimerions faire, c'est mettre en place un petit cours - 12 heures sur la sociologie des élus locaux - que nous offririons aux étudiant·e·s de Master 1. L'idée est de faire travailler des étudiant·e·s français·e·s et canadien·ienne·s sur un sujet commun, à travers deux prismes (la société canadienne et la société française), et de leur permettre d'échanger des idées. C'est une approche pédagogique formidable car comparer deux systèmes oblige chaque étudiant·e à voir et à expliciter tous les non-dits de sa propre culture. La bonne nouvelle est que, grâce en grande partie au temps que j'ai passé à Rennes 2, nous avons maintenant le soutien de la vice-présidente internationalisation, Lesley Lelourec. Nous pouvons avancer en sachant que nous aurons l'aide du service universitaire de pédagogie de Rennes 2.