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Projet Aquarius : le sport pour « redécouvrir la Méditerranée autrement »

Rencontre avec Enja Delépine, étudiant en M1 STAPS DISC et éducateur, qui a créé un programme d’aide aux jeunes mineurs non accompagnés (MNA) autour de la natation.

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enja delépine

À l’origine du projet Aquarius, il y a une histoire dramatique. Celle d’un jeune migrant dont les traumatismes ont été réveillés par une sortie à la piscine. « Il ne dormait plus avait des pensées suicidaires », raconte Enja Delépine. Décidé à devenir professeur d’EPS, il a changé de direction avec la pandémie de Covid-19 pour « plonger entièrement au cœur du social et aider les autres ». À 21 ans, l’étudiant travaille donc, en parallèle de son M1 STAPS Développement Intégration Sport et Culture (DISC), en tant qu’éducateur dans une MECS accueillant des adolescent·e·s : « Lorsque j’ai rendu visite à ce jeune en service de psychiatrie adulte – à 16 ans vous n’êtes plus hospitalisé·e avec les enfants -, j’ai trouvé violent le fait qu’il soit mélangé à d’autres personnes avec autant de pathologies différentes ; le désarroi dans ses yeux m’a marqué, ça m’a donné envie de proposer un projet à destination de ces jeunes mineur·e·s non accompagné·e·s (MNA) utilisant le sport comme levier de soin, d’intégration et d’insertion. »

Dans le cadre des projets tutorés de la première année de master DISC, Enja rassemble autour de son idée trois autres étudiant·e·s : Ronan Communier, Paul Bergounioux et Raphaël Latour. Aidés de l’association du master, Solidarité Inclusion Sport, ils construisent un partenariat avec une structure de la Fondation des Apprentis d’Auteuil qui accueille depuis 2019 à Hédé-Bazouges des jeunes MNA venus du Mali, de la Côte d’Ivoire ou encore du Cameroun. L’idée est de changer le rapport à l’eau de personnes ayant traversé la Méditerranée dans leurs parcours migratoires et leur permettre de « se réapproprier le milieu aquatique », le projet Aquarius se compose de plusieurs étapes, « dans une logique de progressivité ».

Avant même d’enfiler les maillots de bain, les étudiant·e·s de Rennes 2 ont rencontré les dix jeunes volontaires lors d’un repas et d’un match de foot, « pour créer du lien ». Puis, tou·te·s se sont jeté·e·s à l’eau pour 8 à 10 cours de natation avec une maître nageuse également étudiante du master, Émilie Schoenahl. « Les séances mêlent des temps d’apprentissage purs, avec des exercices, et des moments plus ludiques où ils peuvent s’amuser, rigoler, etc. » Après cette formation, « l’idée est de leur montrer qu’on peut prendre du plaisir dans l’eau, leur donner une autre image du milieu aquatique ». Différentes activités nautiques sont donc prévues : canoe, kayak, paddle, visite à l’aquarium de Saint-Malo… Pour clore le projet, une collecte de fonds pour SOS Méditerranée sera organisée, durant laquelle les jeunes et les bénévoles de l’association pourront partager leurs expériences.

Le programme comporte également un volet d’accompagnement psychologique, avec notamment des groupes de parole, porté par Adélaïde Vervaeke, psychologue clinicienne et doctorante à Rennes 2. Enja peut aussi compter sur elle et ses collègues pour « échanger, décharger et prendre du recul, afin de ne pas mettre à mal les jeunes ». Une approche complète qui montre déjà des résultats, avant l’évaluation scientifique prévue : « J’ai vu un jeune qui, au départ, ne pouvait pas aller dans l’eau où il n’avait pas pied, sauter dans le grand bain. Et un autre qui ne pouvait pas rester plus de 10 minutes dans l’eau a fini par faire la séance complète d’une heure. »

À Rennes, les créneaux sont déjà réservés dans les piscines de la ville : le projet Aquarius se poursuivra l’année prochaine, en partenariat avec une nouvelle structure d’accueil de jeunes MNA et les futur·e·s étudiant·e·s du M1 DISC. Enja aura « à cœur de continuer à [s’y] investir », même s’il a déjà lancé le programme en parallèle à Chartres où il vit. « Avec ce groupe-là, la finalité est un séjour à Marseille, presque à l’endroit-même de leur arrivée après la traversée. Le but c’est de leur permettre, avec toutes les compétences qu’ils auront acquises, de redécouvrir la Méditerranée autrement. »