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Interview

Pygmalionne : les mots sont, l'émotion

Du groupe « La femme objet » à « Pygmalionne », il n'y a qu'un pas, franchi aujourd'hui ! Depuis plusieurs années, l'artiste manipule les mots dans ses chansons mais aussi dans les livres qu'elle écrit et met en scène.

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Pygmalionne
Légende

Crédit photo : Guillaume Julien - Le Diapason, Université de Rennes 1

Après avoir suivi des temps d'accompagnement techniques et scéniques dans le cadre du tremplin, elle partagera son amour des mots et de la musique lors d’un concert entre électro et slam.

Quel est votre rapport à la composition, à la relation entre la musique et les textes ?

J'adule les mots autant que je les crains. Je leur crée un écrin. Je les sculpte patiemment. Je les bâtis d'allitérations. Ils sont parfois plus vifs que je ne l'aurais cru et sortent du périmètre que je leur ai préétabli. Aujourd'hui, ils sont mes alliés, la pierre angulaire qui métamorphose mes tRous en touRs. Je les ordonne et les agence pour qu'ils s'élèvent et qu'ils m'élèvent. Leur rythme, leur sonorité préexistent et guident l'architecture des mélodies. Le texte est la fondation solide de ma musique.

Alors, quel est votre mot préféré et détesté ?

Esperluette et rognon.

Comment avez-vous choisi votre nom de scène ?

Pygmalionne est un nom mythique qui me pousse à me construire seule, à être ma propre sculptrice. Mon nom m'invite à assumer totalement ce que je suis, ce que je ressens, à y faire face, à l'accepter et même à admirer ce qui se tapit dans l'ombre. « Aime-toi bien, aime-toi beaucoup » m'a dit en riant un ami l'autre soir. Il s'agit peut-être de cela aussi. Je veux regagner une liberté totale pour toucher au plus près de ce que je ressens et essayer de comprendre le caractère universel de ces émotions.

Le premier groupe que j'ai formé s'appelait ironiquement « La femme objet ». Il est temps maintenant de me montrer telle que je suis, fêlures et joies grandes ouvertes, en démolissant jusqu'aux carcans de ce qui compose d'ordinaire les chansons à textes.

Quels projets avez-vous monté précédemment ? Quel est votre rapport à la scène ?

Tous les projets qui m'ont menée sur scène émanent de textes et de compositions personnelles. J'ai fait mon premier concert en 2018 avec « La femme objet », un trio de chansons espiègle et intimiste avec Sébastien Dufay et Djeya Lestréhan. J'ai ensuite écrit un livre, les « Contes Gouttes » que j'ai la chance de mettre en scène avec Yann Bouillon, accordéoniste talentueux aux multiples casquettes. Cette fois, il s'agit de poésie en mouvement et en musique. Aujourd’hui je me lance seule, riche de ces expériences nourrissantes.

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Pygmalionne
Légende

Crédit photo : Guillaume Julien - Le Diapason, Université de Rennes 1

Les titres de vos morceaux ont une particularité, pouvez-vous nous l'expliquer ?

J'ai choisi de nommer tous mes morceaux par des paronomases, deux mots proches dans leur sonorité mais pas dans leur sens. Améthyste / Âme triste, Fureur / Fourrure ou encore Armure / Amour illustrent l'ambivalence des sentiments. C'est la nuance de gris qui se trouve entre ces deux paires de mots qui m'intéresse.

Quelles sont vos influences ?

Je suis contente de pouvoir donner ici quelques noms d'artistes que j'estime tant mais qui restent assez méconnus faute de relais médiatiques. La chanson à texte novatrice peine à se faire une place et à trouver les diffuseurs qu'elle mérite. Parmi mes musiciennes favorites, il y a Estelle Meyer (la louve poétesse), Carmen Maria Vega (la gouailleuse sulfureuse), Laura Cahen, Daphné ou encore Klô Pelgag. J'ai aussi beaucoup écouté Jeanne Cherhal et Abd Al Malik.

En ce qui concerne les arrangements de ce nouveau set, je dirais aussi que j'ai été influencée par des artistes comme Voyou et Fauve, au travers de morceaux bercés par des ritournelles de piano qui reviennent comme des sucreries tant attendues.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de participer au tremplin ?

Les chansons que je vais porter sur scène tournent dans ma tête depuis 2 ans sans que je ne sache exactement la forme que je voulais leur donner. Le fait de participer au tremplin m'a confrontée à ce désir. Au moment où le jury m'a annoncé la bonne nouvelle, je me suis lancée corps et âme à la composition par ordinateur pour donner vie à mes musiques. J'ai été impressionnée de pouvoir faire autant de choses si vite, stimulée par l'équipe du service culturel et Jérôme Acquier, l'ingénieur son partenaire du tremplin. Toutes ces personnes ont contribué à rendre possible un projet qui me tenait vraiment à cœur mais pour lequel je peinais à trouver les ressources. L'accompagnement qui m'a été proposé, me sentir épaulée : voilà le cadeau !

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