Type d'article
Interview

Rencontre avec Bertrand Gervais, professeur d’études littéraires à l’Université du Québec

Chapô

Bertrand Gervais est professeur au département d’études littéraires de l’université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire depuis trois ans de la chaire de recherche du Canada sur les arts et les littératures numériques. Il était invité à Rennes 2 en mars 2018.

Image
Bertrand Gervais sur le campus Villejean en mars 2018
Contenu sous forme de paragraphes
texte

Bertrand Gervais a fondé en 1999 et dirigé pendant quinze ans, Figura, le Centre de recherches sur le texte et l’imaginaire. En 2004, il a créé le laboratoire de recherche “Nouvelles technologies, nouvelles textualités” (NT2) qui développe un ensemble d’outils en ligne pour la diffusion et la valorisation de la recherche faite à Figura et dans la communauté universitaire. Bertrand Gervais est aussi écrivain : son dixième roman, intitulé La dernière guerre, vient de paraître.  Il était invité en mars 2018 à Rennes 2 en tant que chercheur à la Chaire des Amériques pour donner quatre conférences illustrant l’étendue de ses recherches.  

Pouvez-vous nous présenter votre domaine de recherche ?

Bertrand Gervais : Mes travaux portent sur les théories de la lecture et de l’interprétation, sur l’imaginaire, sur le numérique et sur un ensemble de problématiques liées à l’imaginaire contemporain, que ce soit l’imagination apocalyptique, l’imaginaire de la fin du livre, les formes de l’identité contemporaine, les formes narratives contemporaines, les rapports à la fiction...   

Qu’est-ce qui vous a motivé à venir à Rennes 2 ?

B. G. J’ai été invité par Sylvie Bauer, la directrice de l’unité de recherche “Anglophonie : communautés, écritures” (ACE) et l’Institut des Amériques de Rennes (IDA), notamment en tant qu’américaniste et qu’une partie de mes recherches porte sur la culture et la littérature américaine contemporaine. J’avais quatre interventions à préparer. J’ai donné la première à Montpellier dans le cadre d’un colloque co-organisé par Sylvie Bauer qui portait sur l’imaginaire apocalyptique.  Ma deuxième intervention portait sur le numérique et sur le passage d’une culture du livre à une culture de l’écran. Je me suis intéressé à une machine à lire inventée dans les années 1930 et re-médiatisée dans les années 2010 par un chercheur universitaire américain. J’ai donnée ma troisième conférence à titre d’écrivain en mettant en relation quelques-uns de mes romans et un roman récent américain, Écrire pour sauver une vie de John Edgar Wideman, qui joue sur les liens entre la fiction et le documentaire. La quatrième et dernière conférence portait sur les environnements de recherche et de connaissance que nous montons dans le cadre du laboratoire NT2 et sur le projet très spécial  du commissariat en ligne que nous avons fait sur la notion d’uchronie et qui a été exposé à la Biennale de Venise en 2017.   

Avez-vous trouvé les étudiants réceptifs à vos conférences ?

B. G. J’interviens souvent en France et dans l’ensemble, je trouve que, chez les étudiants de deuxième et troisième cycle, l’intérêt est là. La façon de poser les questions peut être autre, mais l’intérêt, la passion, l’investissement sont présents, à Rennes 2, comme ailleurs. Mon enseignement est fondé sur l’interaction et il est vrai qu’en France, il est parfois difficile de faire intervenir les étudiants, le rapport à la parole dans les universités françaises étant très différent. Mais, on finit vite par trouver un équilibre et retrouver ses repères.   

Au terme de votre séjour, quel bilan tirez-vous de vous de votre expérience à Rennes 2 ?

B. G. Les interactions avec les enseignants et les étudiants ont été passionnantes. Comme j’étais loin du NT2, j’avais moins de préoccupations à caractère administratif. J’avais des articles en retard et j’ai pu les finir ! Nous avons aussi commencé à réfléchir  à un cycle de colloques pour l’année prochaine avec Rennes, Brest, Paris 8, Montpellier. Ma présence ici a accéléré les choses et le café comme lieu de socialisation et de prises d’initiatives a joué à plein !   

Vous avez fondé Figura. Quelles étaient les motivations à l’origine de la création de ce centre de recherche ?

B. G.  Nous étions plusieurs professeurs de l’UQAM à vouloir mettre sur pied une infrastructure de recherche comparable à celles présentes dans d’autres universités. En 1999, j’ai été mandaté pour créer le centre. Comme je travaillais beaucoup sur le texte et l’image, et les processus de sémiotisation, nous nous sommes rapidement entendu sur le fait que le centre porterait sur l’imaginaire. En 2001, Figura a été reconnu par l’université. A partir de 2006-2007, il a été reconnu par le Fonds de recherche québécois sur la société et la culture (FRQSC) et donc financé de façon majeure. Le centre est situé sur trois universités. Il regroupe plus de 50 enseignants-chercheurs et 400 étudiants de maîtrise et de doctorat en lettres, art, théâtre... Nous cherchons à saisir les manifestations de l’imaginaire contemporain, ce qui relève du défi. Jusqu’à récemment, en lettres, on ne travaillait que sur des auteurs morts. Il fallait attendre que le temps ait passé. Nous avons décidé de remplacer la perspective temporelle par une perspective théorique. Nous avons pensé qu’il était possible de se doter de perspectives critiques pour analyser le contemporain, sachant qu’il y avait là un objet en transformation constante.  Cela nous a poussé à ouvrir très largement les enjeux en art, théâtre, ou traductologie par exemple et à renouveler les stratégies de publication du centre. Nous avons créé le NT2 dans l’objectif de développer un ensemble d’outils en ligne pour la diffusion et la valorisation de la recherche faite à Figura. Nous avons développé des environnements de recherches et de connaissances, c’est-à-dire des encyclopédies en ligne, en utilisant des logiciels libres, ouverts à tous, en libre accès. Tout est libre depuis les modules que nous développons jusqu’aux contenus que nous mettons sur le site.    

Quelles sont les perspectives de Figura et du laboratoire NT2 aujourd’hui ?

B. G. Nous essayons maintenant d’ouvrir notre plateforme beaucoup plus à la recherche-création qui est une notion québécoise pour comprendre la création littéraire, artistique ou autre, qui se déploie en contexte universitaire et qui implique nécessairement une recherche. Les créateurs font autant de recherche que les chercheurs mais ils la font sur un autre mode, les types d’intégration sont différents… On ouvre donc une partie de notre écosystème à la création de façon à ce que l’écosystème que l’on monte soit le plus complet possible.