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Interview

Rencontre avec Thomas Loubière, auteur d’un documentaire sur l’université, tourné à Rennes 2

Le film sera diffusé sur Arte et produit par La Générale de Production. Avec ce documentaire, l’auteur-réalisateur Thomas Loubière, 31 ans, veut raconter l’état des universités en France et les conditions de travail des enseignant·e·s-chercheur·e·s. 

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Thomas Loubière

Après un premier documentaire sur un camp humanitaire au Tchad, vous vous penchez maintenant sur le monde universitaire. Qu’est-ce qui a suscité votre intérêt pour ce sujet ?

Thomas Loubière J’ai fait des études de sociologie et sciences politiques à Paris I et à Paris VII, cinq années très épanouissantes. C’est un milieu que j’ai beaucoup aimé, où j’ai grandi, appris à prendre confiance en moi, fait des rencontres. J’en garde de très bons souvenirs. Deuxièmement, mon père a longtemps été professeur associé à Paris VIII, j’ai donc baigné dans le milieu universitaire. Mais ce que je veux surtout raconter c’est que l’université est aujourd’hui un service public qui va mal car c’est encore très peu médiatisé. On parle souvent – et surtout dernièrement - de la casse du service public dans la santé avec les hôpitaux, mais j’ai l’impression que dans l’enseignement supérieur et la recherche, c’est la même chose. Les universités souffrent d’un non-financement chronique. Ce n’est pas nouveau bien sûr, mais je suis content de mettre de la lumière là-dessus.

Votre documentaire sera tourné à Rennes 2. Pourquoi avoir choisi notre université ?

T. L. J’ai discuté avec une dizaine de directions d’universités qui, toutes, étaient favorables au projet, ce qui m’a conforté dans l’idée que les enseignants-chercheurs étaient mûrs pour ce documentaire, mais je voulais une université qui défende une certaine vision du service public. Toutes ne se positionnent pas de la même manière sur leur mission. J’aime à croire que l’université peut être un endroit de brassage social et qu’on peut y étudier sans sélection à l’entrée (ou presque) et de manière quasi gratuite. À Rennes 2, j’ai l’impression qu’on défend cette vision des choses même si c’est un modèle en danger. Je cherchais aussi une université avec un pôle important en sciences humaines et sociales parce que c’est une partie du monde de la recherche qui va mal avec, par exemple, plus des 2/3 des doctorants qui ne sont pas financés pour faire leurs thèses. Enfin, j'étais content de choisir une université "non parisienne" car ce sont celles dont on entend le plus parler !

Qui allez-vous filmer ?

T.L. Des enseignants-chercheurs. Plus précisément, ce film s’intéresse au parcours du combattant des jeunes enseignants-chercheurs qui, entre la fin de leurs thèses et les postes de titulaires, n’arrivent pas à trouver de travail stable. Je vais rencontrer les personnels précaires : vacataires, ATER, LRU, chargés de cours… On parle beaucoup de l’intérim dans le privé, mais c’est pareil à l’université. Le deuxième aspect que je veux traiter dans mon film, c’est l’évolution du métier. Aujourd’hui, les enseignants-chercheurs ont moins de temps pour leur recherche, ils sont pris par les tâches administratives et les recherches de financement. Cela crée de la crise de sens, de l’épuisement au travail. 

Quelle est votre méthode de travail ? 

T.L. J’ai à cœur de défendre le documentaire de création. Le mot est un peu pompeux, mais cela signifie que ce ne sera pas un reportage prétendument "objectif". J’assumerai ma part de subjectivité, mon point de vue d’auteur. L’information passera par l’image, ce sera plus cinématographique que journalistique. Il n’y aura pas de voix-off neutre ou "contextualisante". Le spectateur cheminera dans le film sans être tenu par la main.
Pour l’instant, je fais des repérages. Pendant deux mois, nous rencontrons des enseignants-chercheurs et le plus de monde possible lié à Rennes 2 pour nous immerger dans notre sujet. Nous essayons de sentir notre décor. Cette période permet de déterminer qui seront les personnes que l’on verra dans le film. Ensuite, en septembre, on commence à tourner et cela s’étalera jusqu’en juin, pendant toute l’année universitaire. On viendra à peu près une semaine par mois en fonction des besoins. L’idée, c’est de prendre le temps, de travailler en confiance avec les gens. C’est important qu’à la fin le film soit juste et que les personnes rencontrées s’y reconnaissent.

Vous souhaitez apporter votre témoignage ? N’hésitez surtout pas à contacter Thomas Loubière ou sa collègue Mirabelle Fréville avant la fin du mois de juin (contacts indiqués dans la colonne de droite)