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Trois questions aux lauréat·e·s du Prix des universités pour la recherche

Le Programme Intelligence Environnementale Commun (PIEC) a été primé par France Universités (ex Conférence des présidents d’université) le 13 janvier 2022. Rencontre avec les responsables scientifiques, Véronique Van Tilbeurgh (Université Rennes 2) et Luc Aquilina (Université de Rennes 1).

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prix des universités 2022
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© France Universités

Pourquoi et comment a vu le jour, en 2020, le Programme Intelligence Environnementale Commun (PIEC), porté par les universités de Rennes 1 et Rennes 2 et inscrits au sein de la Maison des sciences de l’homme en Bretagne (MSHB) et l’Observatoire des sciences de l’univers de Rennes (OSUR) ?

À l’origine, une équipe de chercheur·se·s particulièrement motivé·e·s s’est mobilisée autour d’un appel à projets, que nous n’avons pas remporté mais qui nous a permis de formuler un constat et des objectifs communs. Les problèmes environnementaux sont très complexes et les réponses peu intuitives ; on ne peut pas mobiliser de savoirs précédemment utilisés car nous sommes face à des questions auxquelles nous n’avons jamais été confronté·e·s. La particularité du PIEC est, d’une part, d’être un programme pluridisciplinaire associant trois types de démarches – les sciences de l’environnement (écologie, hydrologie, physique, etc.), les sciences humaines et sociales (SHS), et les sciences du numérique. D’autre part, notre but est de confronter les chercheur·se·s aux acteurs et actrices de la société civile pour co-construire des connaissances scientifiques et trouver, ensemble, des solutions aux questions environnementales. Cela permet aux scientifiques, qui sont souvent cloisonné·e·s dans une discipline ou une méthodologie, d’élargir leurs horizons et de prendre en compte des facteurs auxquels ils·elles n’auraient pas pensé. Et de notre côté, nous complexifions la vision que les acteurs et actrices de la société civile ont du problème, qu’ils·elles voient bien souvent de manière parcellaire en fonction de leurs connaissances, de leurs trajectoires, etc. Ce qu’on voit aussi, c’est que pour discuter ensemble, nous devons trouver des dispositifs de médiation pour réussir à articuler nos connaissances – par exemple, des jeux de carte, des fresques, etc.

Le PIEC regroupe près de 20 projets de recherche, systématiquement co-construits avec des acteurs et actrices non-scientifiques comme vous venez de l’expliquer. Pouvez-vous nous donner un exemple ?

Un programme porté par les deux universités et le CNRS : des travaux sont en cours sur une problématique de gestion de l’eau dans une agglomération bretonne. Nous construisons avec les acteurs et actrices locales (citoyen·nes, élu·e·s, associations, agriculteur·rice·s, etc.) des scénarios pour déterminer lequel privilégier par rapport aux impacts sur le paysage, notamment sur les zones humides. Dans notre démarche interdisciplinaire, les hydrogéologues vont modéliser numériquement les écosystèmes, tandis que les chercheur·se·s en SHS vont identifier les sensibilités des acteurs et actrices locales aux paysages et le système de décision autour de l’eau en portant une attention à la façon dont tous les points de vue sont pris en compte dans la décision ainsi que les intérêts des vivants non-humains.                                         

Le PIEC s’attache également aux liens entre recherche et formation avec la création de modules de formation : lesquels ?

Pour mieux répondre à la question des débouchés, il faut prendre en compte le fait que les problèmes environnementaux relèvent des sciences de l’environnement, mais sont aussi des problèmes sociaux ; les employeurs demandent des compétences interdisciplinaires. Nous sommes donc en train de mettre en place des formations hybrides. Cette année, nous avons déjà instauré une labellisation PIEC : tou·te·s les étudiant·e·s en master des sciences de l’environnement dans nos établissements peuvent suivre une formation complémentaire pour faire reconnaître leurs compétences interdisciplinaires et valoriser leur engagement. Nous travaillons également sur la possibilité de mettre en lien des masters pour permettre des parcours interdisciplinaires autour de la construction des transitions.