Journée d'étude "Censure et stratégies du contournement. Territoire de l'imaginaire, imaginaire des territoires"

13 octobre 2017
colloque/journée d’étude

 

 

    GRAAL (Groupe de Recherche sur l'Autriche et l'Allemagne)
        Axe germanique de l'Equipe d'accueil ERIMIT EA 4327

 

Une deuxième journée d'étude est prévue dans le cadre de notre projet de recherche sur la censure. Si la première journée d'étude s'était limitée - selon le vœu de notre collègue Hélène BOURSICAUT - aux manifestations de la censure dans l'espace germanique (il s'agissait d'explorer les "Formes de la censure et ses contournements dans l'espace germanique du XVIIIème siècle à nos jours"), nous nous proposons désormais d'élargir le champ d'investigation aux différentes aires géographiques et culturelles représentées dans l'Equipe d'accueil ERIMIT, le projet de recherche étant redéfini selon les termes suivants :

 

                                                        Censure et stratégies du contournement -

                                              Territoires de l'imaginaire, imaginaire des territoires 

 

 

Appel à communications

"Par censure, on entend de manière extensive toutes les formes d'atteinte à la liberté d'expression, quelles qu'en soient les modalités d'exercice.

Le mot "censure" vient du latin "censura" qui renvoie au premier sens à la dignité de "censeur", magistrat romain d'abord chargé du "cens" ("census"), c'est-à-dire du recensement quinquennal des citoyens dans le but de fixer l'impôt et le degré de contribution à la défense de Rome. Avec le temps, l'autorité de la censure s'est étendue à la surveillance des mœurs, d'où un premier glissement du sens vers la morale.

Dans l'espace européen, ce sont les autorités religieuses qui, pendant des siècles, ont joué le rôle de censeurs en se chargeant de faire respecter les préceptes et interdits tant moraux que religieux (en 1559, l'Inquisition établit un Index librorum prohibitorum, liste de livres interdits), avant que les autorités civiles ne prennent le relais et pratiquent en quelque sorte une censure laïcisée. Mais le principe reste le même, puisqu'il s'agit bien pour le détenteur du pouvoir religieux ou étatique d'examiner (deuxième sens de "censura" : sévérité, mœurs sévères) et, avec l'aide d'un appareil censorial, des œuvres au sens le plus large du terme (œuvres littéraires, productions artistiques, journaux, etc.) avant d'en autoriser ou non la diffusion au public. Sur cette censure a priori vient se greffer une censure a posteriori qui peut faire interdire une œuvre déjà diffusée. Il faut aussi ajouter qu'hormis cette censure officielle et directe, il existe également une autre forme de censure, indirecte cette fois et qui s'exerce de manière plus insidieuse sous forme de pression: on peut songer ici à l'influence exercée par une opinion dominante qui peut être véhiculée par les médias, mais aussi au phénomène de l'autocensure. Il reste enfin à se demander si, face aux dérives de toutes sortes qu'a entraînées l'explosion de l'Internet (violence, pornographie, recrutement à des fins politiques et religieuses extrémistes), le retour à une censure préventive ne s'impose pas, du moins jusqu'à un certain degré et à condition qu'elle soit elle-même encadrée: le débat fait rage entre ceux qui voient dans le web un espace de liberté intouchable et ceux qui prônent un contrôle plus ou moins strict. (...) "

 

Deux axes de recherche fédérateurs apparaissent donc, selon que l'on met l'accent sur l'appareil censorial (ses valeurs et préceptes ainsi que les modalités de son action) ou sur les stratégies de contournement déployées par ceux qui sont confrontés dans leur démarche - esthétique, éthique ou politique - à la censure.

Les pistes de recherche envisageables dans ce cadre sont nombreuses, les plus conventionnelles étant l'analyse des référents idéologiques, éthiques et/ou esthétiques de la politique culturelle d'un Etat quand elle devient contraignante, ainsi que l'étude des modalités concrètes d'exercice de la censure - autodafé ou toute autre forme de destruction qui en constitue la variante la plus extrême, constitution de "listes noires" de personnes et/ou d' oeuvres,

interdiction pure et simple, diffusion autorisée sous certaines conditions (limite d'âge, textes et films coupés, traductions déformées, textes noircis, images tronquées ou retouchées, etc.). On n'oubliera pas bien entendu les formes plus subtiles de la censure, comme l'autocensure dont on pourra interroger la portée, une autocensure consciente et partielle constituant un équilibre (compromis?) subtil pour éviter l'interdiction totale et préserver un espace minimal de liberté... Outre la littérature (y compris la production journalistique), il serait bon que les arts visuels (photographie, cinéma, art vidéo, art numérique...) soient également évoqués : confrontés à la censure, les créateurs proposent des stratégies de contournement spécifiques (représentations métaphoriques ou allusives de la censure et des censeurs, démontage du processus de la censure par le recours à la satire, au grotesque, à la caricature etc.) dont il serait intéressant d'interroger la lisibilité et donc l'efficacité.

Cette exploration de la censure, de ses modalités et des stratégies de son contournement s'inscrit dans la problématique générale de recherche de l'ERIMIT si l'on considère que la censure, qui cherche par définition à délimiter, à quadriller par la contrainte le(s) "territoire(s) de l'imaginaire" en vertu de postulats politiques, éthiques et in fine esthétiques, impose en retour à l'artiste, à l'écrivain, au journaliste, et plus généralement à tout citoyen qui décide de ne pas se satisfaire de cet état des choses, d'envisager diverses stratégies pour redéfinir, voire redéployer un "imaginaire de son territoire", de sa culture, de son histoire par-delà même les contraintes que lui impose cette censure en place.

Cette deuxième journée d'étude aura lieu le vendredi 13 octobre. Vous voudrez bien m'adresser vos propositions de contribution sous forme d'un résumé (de 300 à 600 mots) à l'adresse électronique suivante : richardblanchet2013 [at] gmail [dot] com pour le 5 septembre 2017 au plus tard.

Ce cycle de journées d'études fera l'objet d'une publication sous forme de volume, après lecture des différentes contributions par un comité scientifique.

 

Informations pratiques
Campus Villejean
13 octobre 2017
Contact

Richard Blanchet
MC allemand, UHB Rennes 2, bureau L239,
Tel. (Bureau) : 02 99 14 17 42
mail: richardblanchet2013 [at] gmail [dot] com