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9e Journées Internationales de Sociolinguistique Urbaine

Avec les soutiens de l'université Rennes 2, l'Université Bretagne-Loire, Rennes-Métropôle, l'Agence Universitaire de la Francophonie

Neuvièmes Journées Internationales de Sociolinguistique Urbaine (J.I.S.U.)
"(In)justices spatiales, langue(s) et discours : Théorisations politiques et interventions"
31 Mai et 1er juin 2018 Université Rennes 2 – Bâtiment L

 


Programme


Depuis, 1999, les Journées Internationales de Sociolinguistique Urbaine (JISU) poursuivent l’ambition théorique et méthodologique de couvrir le champ urbain sous le double rapport de l’espace et des langues. Ces journées expriment la nécessité de confronter les perspectives de recherche sur des thèmes et des concepts relevant de l’urbanité, de l’urbanisation linguistique et plus largement de tout fait sociolinguistique de dominance induit par le modèle culturel urbain.


La langue, et a fortiori les discours, sont des pratiques sociales, tout autant vecteurs de représentations que révélateurs de celles-ci. Le langage est matériel en cela qu’il n’est pas extérieur aux réalités sociales mais qu’il les constitue. C’est autour de cette conception matérialiste de la notion de discours (Guespin, 1976) que se construit la sociolinguistique urbaine. La ville est un « produit des discours et des représentations qui finissent par constituer le réel social que l’on habite » (Bulot, 2008 : 1). Autrement dit, la ville est une « matrice discursive » (Bulot, 2003) dans laquelle les discours (re)produisent et véhiculent les représentations mais aussi les normes sociales, la frontiérisation, la réification, la hiérarchisation et la corrélation des espaces, des langues et des parlures. Partant de là, l’univers discursif dans lequel évoluent les locuteurs/trices représente un aspect fondamental à analyser, car il est autant le révélateur que l’agent des rapports sociaux.
Dans cette perspective sociolinguistique, les thématiques des précédentes JISU ont porté sur les identités urbaines, les représentations de la variation langagière et ses effets corrélés aux espaces de ville, la complexité des rapports entre frontières et territoires, la prégnance des signalétiques langagière et linguistique pour comprendre l’émergence discursive des espaces de ville, l’appropriation tendue de l’espace commun voire de l’espace public (agrégation/ségrégation) engagés dans les processus de stigmatisation, de hiérarchisation des parlures et des espaces, les enjeux (théoriques et méthodologiques) de l’intervention sociolinguistique posée dans une perspective de développement durable urbain, les phénomènes de discriminations par ce qu’ils induisent et/construisent la polarisation sociale des espaces (polarisation négative de l’altérité) et, enfin, des effets induits de diasporisations sociolinguistiques sur les précarité(s) spatiales et langagière(s).
Les travaux de la précédente session des JISU (Cergy-Pontoise, 2014) ont notamment porté sur la poursuite - dans une même perspective et sociolinguistique et interdisciplinaire sur l’urbanité langagière - , des débats engagés précédemment sur les mobilités/motilités en s’attachant à questionner les corrélations complexes entre espaces urbains diasporiques, discrimination et espaces de référence, multilinguisme et plurilinguismes des espaces et des situations et, enfin précarisation des langues.


Cette neuvième session des JISU ambitionne de poursuivre ces questionnements – sociolinguistique et interdisciplinaire – à l’aune du spatial turn (en assumant l’héritage intellectuel d’Henri Lefebvre (Coste, 2010) et ses implications tant scientifiques, méthodologiques que politiques), en les ouvrant sur une conceptualisation quasi absente des travaux en sociolinguistique (y compris urbaine même si les faits relevés y émargent) : l’(in)justice spatiale (dont il faut envisager la pluralité), à concevoir a minima

a) comme une façon de rendre compte des injustices sociales et de la façon de gérer les conflits sociaux via l’aménagement des espaces (et pour ce qui concerne la sociolinguistique, des langues et de leurs représentations),

b) comme une injonction à contribuer à la théorisation en cours en Sciences Sociales, en affirmant la prégnance praxique des discours épilinguistiques sur les espaces socio- langagiers et

c) comme un postulat plus large visant nécessairement à historiciser la notion même d’espace(s) (donc y compris langagier(s)), comme cadre et objet des savoirs humains (Jacob, 2014)

Poser ainsi la question de la justice spatiale en sociolinguistique urbaine ouvre l’opportunité de problématiser davantage la posture politique du/de la chercheur-e, sa fonction sociale dans la cité, sa subjectivité, ainsi que les nuances que le terme justice peut recouvrir pour lui et pour les acteurs sociaux (résident-e-s, décideur-euse-s possédant-e-s, usager-ère-s, etc.) : pouvoir, (a)normalisation, (non) représentativité, (non) reconnaissance, (in)visibilité, (in)égalité(s), majoration/minoration/minorisation, domination, discrimination, exploitation, ségrégation, stigmatisation, etc.


Un autre questionnement que semblent amener les réflexions sur la justice spatiale à la sociolinguistique urbaine, c’est celui du rôle du discours dans la production sociale des espaces urbains et de leurs normes, frontières et identités : en quoi ces discours (re)produisent-ils des villes plus ou moins « justes » ? Comment la production discursive de la ville et de ses locuteurs est-elle vectrice de justice et d’injustices sociales / spatiales / linguistiques ? Lesquelles ? Pour qui ? Selon quelle conception politique de la ville ? Des langues ? Du monde social ? Et quel rôle peut jouer le/la sociolinguiste dans ce processus ?


Cette 9ème session des JISU sera donc l’occasion, d’une part, de problématiser ainsi la justice spatiale en sociolinguistique urbaine en considérant le/la chercheur-e comme « acteur potentiel du mouvement social» (Bulot, 2008: 2). L’objectif est de continuer les discussions épistémologiques et méthodologiques déjà amorcées à l’endroit du rôle social de la sociolinguistique urbaine dans la cité, et de travailler les définitions, modalités, et formes de l’intervention sociolinguistique, notamment autour de sociolinguistique prioritaire (Bulot, 2009) mais plus largement de l’intervention en sciences sociales. D’autre part, et dans le même mouvement, il s’agira d’élargir les réflexions précédemment engagées sur les tensions à l’œuvre entre langues et espaces à d’autres rapports sociaux qui sont fondamentalement intriqués aux premiers : les rapports de race, de nationalités, de sexe, de classe, d’âge, etc.
Considérer cette complexité des rapports sociaux à l’œuvre, à travers la pluralité des courants théoriques qui les constituent comme objets (du marxisme aux théories du pouvoir, des approches postcoloniales aux études de genre, etc.) ouvre la nécessité d’assumer la théorisation politique qui sous-tend nos interprétations et nos « actes de militances scientifiques » (Bulot, 2008 : 4). Effectivement, pour T. Bulot, « le/la sociolinguiste a non seulement à concevoir une théorie linguistique (où la langue est un fait éminemment social), et à adhérer ou développer une théorie sociale (car analyser des situations sociolinguistiques sans projeter ces analyses sur le lien social n’a guère de sens) mais encore une théorie politique (car derrière le projet scientifique et social, il y a un modèle de société). » (Ibid.).
Ces ouvertures et explicitations épistémologiques, éthiques et politiques permettront donc, en dialogue avec le premier objectif de ces JISU, de pluraliser les questionnements théoriques et méthodologiques autour de l’intervention sociolinguistique, de ses justifications et de ses modalités. Elles permettront également d’élargir et d’enrichir les réflexions sur les processus de domination, de discrimination, de minoration/majoration, etc., liés aux langues et aux espaces, de même que l’analyse des dynamiques langagières qui tendent à entretenir et/ou à faire bouger les lignes de tensions.


Bibliographie
Bulot T., 2003, « Matrice discursive et confinement des langues : pour un modèle de l’urbanité », dans Cahiers de Sociolinguistique (n°8), Presses Universitaires de Rennes, , Rennes, 99-110.
Bulot T. 2009. « Pour une gestion durable des rapports entre le local et le global (intervention et sociolinguistique urbaine) ». Dans S. Klaeger Sabine., B Thörle. (éds.). Sprache(n), Identität, Gesellschaft. Stuttgart : Ibidem. pp. 63-72.
Costes L., 2010, « Le Droit à la ville de Henri Lefebvre : quel héritage politique et scientifique ?. ». Dans Espaces et sociétés 1/2010 (n° 140-141) , p. 177-191. URL : www.cairn.info/revue- espaces-et-societes-2010-1-page-177.htm.
Guespin L., 1976, « Types de discours, ou fonctionnements discursifs ? ». Dans Langages, 10/41, pp. 3-1. URL : http://www.persee.fr/doc/lgge_0458-726x_1976_num_10_41_2301
Jacob C., 2014, « Spatial turn » dans Qu’est-ce qu’un lieu de savoir ? [nouvelle édition en ligne], OpenEdition Press, Marseille. URL : http://books.openedition.org/oep/654.

Jeudi 31 Mai 2018


9h15 : Discours d’ouverture et d’accueil aux 9ème JISU. Gudrun Ledegen.


Session 1 : Mobilités, discours et rapports de pouvoirs : quelles approches ? Président de séance : Thierry Deshayes.
9h30 - 10h Thomas Vetier (Doctorant en sciences du langage, Université Rennes 2, France) : « Se saisir et (dé)(re)construire le discours sur la mobilité dans la ville : Qui ? Comment ? Pour quoi ? ».
10h - 10h30 Fabrice Ripoll (Maître de conférences en géographie, Université Paris-Est, France) : « "Mobilités" : quelles approches critiques aux croisement de la géographie sociale et de la sociologie ? »
10h30 - 10h45 Échanges avec le public
10h45 - 11h Pause café.


Session 2 : Enjeux épistémologiques et méthodologiques de l’intervention.
Présidente de séance : Thị Thanh Thúy Đặng.
11h - 11h30 Thierry Deshayes (Doctorant/chargé de cours en sciences du langage, Université Rennes 2/Université de Montréal, France/Québec) : « Formuler, assumer, théoriser nos conceptions de la justice sociale pour l’intervention : sociolinguistique urbaine et organisation communautaire dans l’arrondissement Verdun à Montréal. ».
11h30 - 12h Julien Longhi (Professeur des Universités en sciences du langage, Université de Cergy-Pontoise, France) : « Le projet #Idéo2017 : Quelles implications du/de la chercheur-e en tant qu’acteur-trice potentiel du changement social ? ».
12h - 12h15 Échanges avec le public


12h15 - 13h15 Pause Déjeuner


Session 3 : La parole artistique comme lieu de (ré)appropriations de l’espace public. Président de séance : Thomas Vetier.
13h15 – 14h15 Jean-Benoit Tsofack (Université de Dschang / Cameroun): « Quand la musique (re)gagne la rue: quelques pratiques discriminantes du corps en contexte urbain au Cameroun ».
14h15 - 14h45 Nabila Bestandji (Maitresse de conférences en sciences du langage, Université Alger 2, Algérie) : « Le street art comme mode d’expression de la jeunesse algéroise : Quand les artistes de rue se faufilent dans la Casbah ».
14h45 – 15h15 Natalie Schmitz (Doctorante/chargée de cours en sciences du langage, Tulane University/Université Rennes2, Etats-Unis/France) : « L'identité francophone de La Nouvelle- Orléans par la musique : État des lieux et perspectives avant et après Katrina. Une étude ethno- sociolinguistique et une identité urbaine liée à la musique »
15h15 – 15h40 Échanges avec le public


15h40 – 16h Pause Café


Session 4 : Le film comme support d’intervention sociale. Président de séance : Nicolas Kühl.
16h - 16h30: BrigitteRasoloniaina (Maitresse de conférences (HDR) en sociolinguistique, INALCO, France) : « L'approche filmique : le triple engagement du sociolinguiste dans l'étude des espaces urbains plurilingues ».
16h30 - 17h : Benoit Raoulx (Maitre de conférences (HDR) en géographie, Université de Caen, France) : « Le cinéma documentaire et l'expérience de l'espace : mettre en audiovision les inégalités? ».
17h - 17h15 Échanges avec le public 17h15 : Projection-débat : A venir


Vendredi 1er juin 2018


Session 5 : Questionner l’espace postcolonial. Présidente de séance : Claire Lesacher.
9h15 - 9h45 : Camille Proust (Doctorante/chargée de cours en sciences du langage, Université Rennes 2, France): « Décoloniser l'espace : les pratiques contestataires du mouvement #RhodesMustFall - #FeesMustFall en Afrique du Sud ».
9h45 - 10h15 Nicolas Kühl (Masterant en sciences du langage, Université Rennes 2 / France) : «ségrégations discursives et spatiales en contexte postcolonial : rapports à l’altérité et construction socio-discursive d’un quartier « prioritaire ». ».
10h15 - 10h30 : Échanges avec le public


10h30h - 10h45 Pause café.


Session 6 : Mise en mots de la ségrégation spatiale. Présidente de séance : Gudrun Ledegen.
10h45 - 11h15 : Venant Eloundou (Docteur et chargé de cours en sciences du langage, Université de Yaoundé, Cameroun) : « La mise en mots de l’(in)justice sur l’occupation spatiale à Yaoundé : entre stigmatisation et revendications identitaires ».
11h15 - 11h45 : Marta Pappalardo (Post-doctorante en sociologie urbaine, UMR CNRS 5194 PACTE, France) : « Du discours au projet : « la déligitimation des groupes subalternes dans les narrations urbaines ».
11h45 - 12h15 : Cyril Trimaille (Maitre de conférences en sciences du langage, Université Grenoble-Alpes, France): « Une part langagière des mutations urbaines : langues, paroles et discours autour de la gentrification ».
12h15-12 h 30 Échanges avec le public


12h30-13h30 : Pause déjeuner.


Session 7 : (Dé)valoriser les parlers locaux. Présidente de séance : Camille Proust
13h30 - 14h : Thị Thanh Thúy Đặng (Docteure en sciences du langage, enseignante de français, Université Nationale de Hanoï / Viet-Nam) : « Le parler hanoïen : entre stigmatisation et intégration sociale. ».
14h - 14h30: AlenaPolická-Podhorna (Maitresse de conférences en linguistique française, Université de Brno, République Tchèque) : « Le hantec à Brno : symbole et stigmate de la ville. ».
14h30 - 14h45 Échanges avec le public


14h45 : Clôture des 9èmes JISU