Mardis de l’égalité : ne manquez pas le dernier rendez-vous de l’édition 2017-2018 !

13 mars 2018
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Depuis la rentrée 2016, à l’initiative de la mission Égalité, l'université Rennes 2 organise les Mardis de l'égalité, un séminaire de sensibilisation sur les questions d'égalité. Des rendez-vous réguliers sont pris tout au long de l’année universitaire pour permettre à chacun·e de s’informer et d’échanger autour de cette thématique.

Pour cette deuxième édition des Mardis de l’égalité, six conférences ont été programmées à l’université Rennes 2 entre octobre 2017 et mars 2018. Ces rendez-vous sont ouverts à tous·tes et ont pour objectif de sensibiliser la communauté universitaire et le grand public aux questions d’égalité. L’amphithéâtre du Tambour a ainsi accueilli, cette année, plusieurs expert·e·s du sujet : Christine Bard sur le Dictionnaire des féministes, Marcel Calvez à propos du handicap au prisme de l’égalité, Benoît Testé et Massil Benbouriche sur la compréhension et la prévention des violences sexuelles en milieu universitaire, Coline Briquet sur les violences sexistes et sexuelles dans les écoles d’ingénieur·e·s ou bien encore Isabelle Danic sur les trajectoires éducatives. Vous pouvez retrouver certaines de ces conférences sur le site de l’Aire d’U.

Le dernier Mardi de l’égalité de l’année universitaire sera assuré le 13 mars 2018 à 17h au Tambour par Blandine Lefierdebras. De 2014 à 2016, cette assistante sociale a repris ses études d’histoire à l’université Rennes 2 et fait son mémoire de master sur le Centre rennais d’information des femmes (CRIF) de 1976 à 1982. A l’occasion de la Journée du 8 mars dédiée à la lutte pour les droits des femmes, elle nous a accordé un entretien en avant-première.

 

Pourquoi avez-vous choisi de faire votre mémoire sur le Centre rennais d’information des femmes?

Blandine Lefierdebras : Je fais partie de l’association Histoire du féminisme à Rennes qui a publié un livre en 2014, Les femmes s’en vont en lutte. Au cours de cette recherche, plusieurs sujets ont été relevés qui n’ont pas pu être creusés. Le Centre rennais d’information des femmes en faisait partie.

Quelle était la situation des rennaises à la fin des années 1970?

B. L. : Les associations observent que les femmes ont du mal à s’approprier les nouveaux droits octroyés par la législation. En 1975, par exemple, la loi instaure le divorce par consentement mutuel, mais comment demander une séparation à une époque où ce n’est pas bien accepté socialement ? Les femmes, notamment celles qui divorcent, mais pas seulement, doivent faire face à des situations d’isolement. Celles qui ne travaillent pas aussi, pour d’autres raisons. Autrefois, la gestion du foyer pouvait prendre des formes collectives. L’arrivée de la machine à laver individuelle, que l’on peut considérer comme un progrès, a cette contrepartie d’enfermer les femmes chez elles. Les associations qui ont créé le Centre rennais d’information des femmes partent donc du constat que les femmes ont besoin d’être informées sur leurs droits. D’où l'idée de réfléchir à la création d’un espace commun capable de répondre à ces attentes et de réunir les forces vives.

Ce sont donc ces associations féministes qui sont à l'origine du Centre rennais d’information des femmes?

B. L. : Féminines, pas féministes. Ces associations ont une action que l’on pourrait aujourd'hui qualifier de féministe, mais ce n’est pas un mot qu’elles revendiquent. Au contraire.

Pourquoi?

B. L. : Dans les entretiens que j’ai eus avec elles, elles disent : “On n'était pas le MLF.” (Mouvement de libération des femmes, ndlr). Elles associent le féminisme à des actions médiatisées, un peu spectaculaires. Le féminisme est forcément radical dans leur conception. Il faut comprendre que la définition du féminisme est toute relative, d’une époque à l’autre. Même certaines militantes proches du MLF ne se disaient pas féministes parce qu’elles associaient le féminisme à une lutte bourgeoise.

Après quelques années de réflexion, le Centre rennais d’information des femmes est officiellement créé en 1980.

B. L. : Oui. Jusqu’en octobre 1981, son fonctionnement est purement bénévole. Le Centre ouvre au moins quatre jours par semaine et les bénévoles ont une exigence très professionnelle de se former à l’accueil des gens, un peu comme un service public. Il s’agit d’offrir une information pointue sur les droits, une première écoute, et d’orienter les femmes vers les bons interlocuteurs. Après l’élection de François Mitterrand en 1981, se créent les Centres d’information du droit des femmes (CIDF) qui ont un statut loi 1901, avec de vrais moyens à la clef. Le Centre rennais d’information des femmes accepte la proposition d’adhérer à la charte des CIDF, ce qui lui permet alors d’employer quatre personnes à temps partiel. Mon étude s’arrête là.

A-t-on pu mesurer l’impact de la création du Centre rennais d’information des femmes sur les conditions de vie des rennaises?

B. L. : Les rapports d’activité des premières années étaient légers. A partir de 1981, quand le Centre rennais d’information des femmes devient le CIDF, les choses commencent à se mesurer grâce aux statistiques annuelles sur la fréquentation. Le Centre rennais d’information des femmes était un outil qui faisait partie d’un tout, aux côtés du planning familial, des bars associatifs… Cela illustre que la lutte pour les droits des femmes est de nature très différente avec des modes d’action parfois contestataires, parfois même illégaux. Le Centre rennais d’information des femmes représentait un engagement très pragmatique, qui offrait une réponse concrète à des questions que se posaient les femmes. L’addition de toutes ces actions a permis une évolution de la place des femmes dans la société. Des sociologues ont explicité le concept de diffusion par capillarité. Quand le MLF médiatise des concepts de domination patriarcale, les bénévoles du Centre rennais d’information des femmes ne se reconnaissent peut-être pas dans ce discours, mais elles en sont néanmoins imprégnées. Toutes ces luttes sont liées.

Pensez-vous que le mouvement #Metoo peut avoir ce genre d’effets?

B. L. :Certainement. Des formes et des objets d’engagement variés s’alimentent les uns les autres. Aujourd’hui, il y a un féminisme d’Etat, un féminisme institutionnel avec le CIDF et le planning familial, il y a des groupes comme les Femen qui ont des modalités d’action propre, et puis, il y a des mouvements instantanés sur les réseaux sociaux qui ont un impact. Tout cela mis bout à bout permet à l’action en faveur des femmes de continuer.

Informations pratiques
Campus de Villejean (Rennes)

Auditorium Le Tambour

13 mars 2018
17h00-19h00
Contact

christine.rivalan-guego [at] univ-rennes2.fr