Exposition - Prendre la pause

06 avril 2017 - 15 septembre 2017
Exposition

Prendre la pause : exposition des lauréat.e.s du concours photo


Entre deux cours, entre deux réunions, entre flânerie et course contre la montre... Pour cette seconde édition du concours "Ayez le déclic", le service culturel a invité la communauté universitaire à "prendre la pause", en écho au cycle "Envie de ralentir" organisé par les Champs Libres.

Le jury du concours a retenu une sélection d'une vingtaine de photographies, qui seront exposées sur le campus de Villejean et à la galerie La Chambre claire jusqu'en septembre. Parmi cette sélection, le jury a choisi trois coups de cœur, qui remporteront des chèques cadeaux.

 


Les lauréat·e·s

1er prix (300€) : Gaël Guhur, Master 1 Psychologie, pour la photo "Pause matinale"

2e prix (200€) : Théo Ben Makhad, L3 archéologie, pour la photo "Sous la lune"

3e prix (100€) : Peiyao Yun, Master 1 anglais, pour la photo "Prendre la pause : le silence"


Scandola Branquet, étudiante en Licence 2 Arts du spectacle, nous donne son regard sur l’exposition des lauréat·e·s du concours photo 2017.

Prendre la pause… c’est ce que proposait le concours photo 2017 du service culturel de Rennes 2 dans le prolongement du cycle « Envie de Ralentir » exposé aux Champs Libres au printemps dernier. En effet, le Temps est la problématique phare de nos sociétés modernes : comment faire pour gagner du temps ? Peut-on perdre son temps ? Comment donner du sens à celui qui nous reste à vivre ? Mais le temps n’attend pas et nous n’avons jamais le temps … C’est pourquoi les étudiant·e·s de Rennes 2 nous proposent de prendre la pause et de s’attarder devant leurs clichés afin de savourer ces instants volés au rythme affolé de nos existences effrénées. Par ailleurs, cette exposition représente un véritable défi puisqu’il s’agit de rendre compte du temps à travers la photographie : or, cet art consiste justement à figer un morceau d’espace-temps dans sa condition objective du réel immédiat. Les candidat·e·s s’aventurent donc sur la frontière entre l’immobile et le mouvement en figeant des fragments de temps qui échappent au rythme des secondes. Clichés révélant l’instabilité d’un monde où chaque instant PRÉCÈDE un autre (puisque les heures ne s’écoulent jamais à rebours), c’est également une part de leur intimité que les participant·e·s choisissent de nous dévoiler à travers cette exposition hors du temps.

 

En effet, de nombreux clichés s’attachent à représenter des aspects de la vie étudiante dans le but de dénoncer l’absurdité d’un quotidien où le temps passe si vite qu’il devient notre principal adversaire en jouant toujours contre nous. Ainsi, les participant·e·s ont parfois pris le parti d’illustrer la vie étudiante dans ce qu’elle peut avoir de plus brutal, comme dans les 3 clichés intitulés Prostitution étudiante. Le choix de présenter ces trois photos à la suite confère une certaine cohérence à l’ensemble qui s’inscrit ainsi dans une forme de continuité pouvant représenter la montée de l’angoisse, l’enchaînement violent des événements ou encore le caractère inextricable de ce genre de situation (qui peut malheureusement devenir un véritable cercle vicieux). Ici, le temps devient la variable défaillante et le caractère introspectif que prennent ces clichés permet de retranscrire l’urgence de la situation, comme dans la troisième nouvelle lauréate du concours Faites court ! 2017* dans laquelle il est également question d’abus sexuel. Ainsi, cette introspection dans la réalité triviale de la vie étudiante permet d’illustrer la contingence du temps qui passe souvent trop vite, indifférent aux maux qu’il cause.

 

Toutefois, certains clichés figent également des instants plus doux, dont la relation au temps se situe moins autour de la notion de durée que de celle de l’instantané. En effet, si Prostitution étudiante s’organise en trois parties afin de s’ancrer dans une continuité temporelle évidente, ce n’est pas le cas de Pause matinale, Repos mérité, S’abriter en amphi, S’arrêter un instant ou encore Réconfort auprès de couleurs sucrées qui ne comportent qu’une seule image à la fois afin de souligner le caractère (trop) éphémère de ces rares instants de répit dans la course folle de nos vies.

Ces photos sont également très proches de la réalité de la vie étudiante puisqu’elles font toutes référence au contexte de l’université ; cependant, elle renvoient plutôt l’idée d’une pause, au sens « repos » du terme, comme s’il s’agissait d’instants de paix volés au rythme des secondes. D’autre part, cette suspension temporelle se retrouve également dans le travail de Colyne Deshommes dont les trois photos tentent d’appréhender la notion de mouvement dans ce qu’elle a de plus fugace, figeant ainsi des fragments d’espace-temps en interrompant leur réalisation.

 

Or ces instants figés sont souvent l’occasion d’une introspection solitaire, c’est pourquoi la plupart des photos représente des individus isolés, en dehors du temps des autres, parce qu’au prise avec leur propre temporalité. Ainsi, la solitude des sujets devient synonyme de quiétude et prend des airs de recueillement comme c’est le cas des clichés intitulés Belle fin de journée ou Prendre la pause sur lequel on observe une jeune fille qui lit, plongée dans une temporalité qui nous échappe complètement. Cet isolement rassurant rentre en opposition avec les photos où les protagonistes sont deux telles qu’Octobre en L, Sous la lune ou Photo 2 de Fleur Dagorn. Ces clichés illustrent la fin de l’introspection à travers la présence de l’Autre qui engendre forcément une situation de crise puisqu’il s’agit d’une variable inconnue. L’intervention de l’Autre fait basculer la temporalité dans la contingence et les deux sujets doivent donc revoir leur manière d’être au monde, en intégrant cette altérité imprévisible qui pourrait déstabiliser leurs certitudes. Ainsi, ces clichés témoignent du déséquilibre occasionné par l’irruption de l’Autre dans notre propre (in)temporalité, nous tirant de notre solitude rassurante ; ce qui veut peut-être dire que le temps commence avec la prise en compte de l’autre, en dehors de soi-même ?

 

Ce point de chute entre ce qui est définitif et ce que le temps qui passe rend incertain est repris comme sujet principal dans des photos plus abstraites qui anticipent cette transition de manière plus poétique. Ainsi les clichés intitulés Doute, L’effet miroir, Taking a break et Arrêt-vitesse interrogent la stabilité du monde qui nous entoure en relativisant notre perception du réel.  Par ailleurs, ces clichés oscillent entre la pause et le mouvement : l’observateur doit décider de ce qu’il choisit de voir et on sent bien que ces instants sont précisément figés pour leur ambiguïté. Cette réalité relativisée permet d’insister sur la subjectivité du temps qui prend une signification différente pour chaque individu. D’autre part, ces clichés aux titres oxymoriques (Arrêt-vitesse) mettent en évidence l’incohérence des sociétés modernes dans leur rapport à la temporalité puisque le temps ne devient plus qu’un facteur de productivité ; en provoquant son accélération, nous négligeons de lui donner une signification, nous en faisons une valeur monnayable… Pourtant, nous oublions la fugacité de nos existences dont le sens se perd au rythme des heures qui passent trop vite, ainsi que le montre si bien la seconde nouvelle lauréate du concours mentionné plus haut, dont le titre est plus qu’évocateur : L’éphémère.

 

*Concours de nouvelles proposé chaque année par le service culturel. Le recueil des nouvelles lauréates est disponible sur simple demande.

 

Informations pratiques
Campus de Villejean (Rennes)

Galerie La Chambre claire

(Hall du bâtiment Présidence, entrée libre)

06 avril 2017 - 15 septembre 2017
Contact

Service culturel

s-culturel [at] univ-rennes2.fr / 02 99 14 11 47