LIVRET DE L'EXPOSITION: LA PRIMAVERA DEL LIBRO. Les Italiens et le livre imprimé à la Renaissance

20 mars 2017
-
31 mars 2018
exposition

LA PRIMAVERA DEL LIBRO

Les Italiens et le livre imprimé à la Renaissance

 

Exposition à la Bibliothèque universitaire de Rennes 2

14 mars-28 avril 2017

 

 

           Ont participé à la rédaction du livret :

Dosolina Alessandrelli, Marly D’Angelo, Luana Ballarino, Lavinia Bassano, Yoran Bonneau, Tibo Clément, Nolwenn Gicquel, Juliette Guastavino, Cynthia Rehel, Emiliano Sordano, Romane Vallin, Nour-Jahan Yatim, encadrés par Claire Lesage, maître de conférences d'italien à l'Université Rennes 2.

 

           La couverture et la mise en page ont été réalisées par :

Thomas Gérard et Rémy Janin, étudiants en Master histoire de l'art, université Rennes 2

 


 

LE LIVRE ITALIEN EN FRANCE À LA RENAISSANCE
 

 

 

            Parmi les influences étrangères perceptibles en France au cours de la Renaissance, celle de l’Italie est particulièrement notable. Elle se révèle par l’implication de nombreux Italiens dans le domaine politique : à la présence de Catherine de Médicis à la tête de l’État en tant que régente et reine mère s’ajoutait le rôle important joué par des familles comme les Birague, les Gonzague, les Gondi ou les Strozzi. Cette influence ne s’arrêtait pas aux affaires de l’État. Elle fut aussi particulièrement forte dans la culture. Henri Estienne déplorait ainsi l’adoption d’une abondance de mots italiens dans le vocabulaire français, fustigeant dans ses Deux dialogues du nouveau langage françois italianizé l’afféterie transalpine. Mais au-delà du poids de la langue, l’ascendant italien se fit singulièrement sentir dans le domaine de la création et de la diffusion de livres.

 

            Au cours du siècle et demi qui suivit l’invention de l’imprimerie, la France devint l’un des principaux pays pour la publication de livres, Paris et Lyon figurant dans le groupe des trois plus grands centres européens de production. Cependant, on aurait tort de considérer le monde du livre en France simplement à l’aune des titres qu’on y publiait. Partout dans le royaume, les libraires offraient à leurs lecteurs des ouvrages provenant de toute l’Europe. Ce marché international du livre permettait aux Italiens de diffuser leurs textes, s’appuyant sur des réseaux parfois eux-mêmes entretenus par des compatriotes marchands. Dès la fin du XVe siècle, on trouve à Lyon un nombre grandissant de libraires et d’imprimeurs venant notamment de Piémont ou de Toscane. Même des figures influentes originaires d’autres contrées comme Sébastien Gryphe ou Guillaume Rouillé avaient fait leurs premières armes en Italie, à Venise.

 

            Si Lyon était la porte d’entrée habituelle des livres provenant d’Italie, on diffusait également leurs volumes ailleurs. On vit même une boutique ouvrir à Paris, qui se targuait d’offrir principalement des ouvrages produits à Venise. Comme le montre cette exposition, les exemplaires ainsi débités se retrouvent aujourd’hui par milliers dans les collections patrimoniales françaises. Les livres proposés ici montrent également l’impact des textes et des auteurs italiens, repris non pas simplement par des éditions parisiennes et lyonnaises mais également en province, dans les ateliers d’imprimeurs rouennais ou tourangeaux. La « Primavera del libro » italienne était ainsi largement partagée en France.

 

Malcolm Walsby

Maître de conférences en histoire moderne

Université Rennes 2

 


 

DU MANUSCRIT À L’IMPRIMÉ
 

 

         Le manuscrit du Chansonnier de Pétrarque, partiellement autographe (environ un tiers des textes sont retranscrits par l’auteur lui-même) et commencé en 1368, nous ouvre les portes de l’atelier du poète et nous permet d’appréhender in fieri la construction du premier livre de poésie conçu comme recueil d’auteur organique. À la différence d’un ouvrage imprimé, on y découvre en effet les différentes phases d’écriture, les remaniements, le soin apporté à l’ordre des 366 poèmes qui forment le recueil, leur mise en page, jusqu’au dernier repentir, quant à l’ordre final du recueil : en effet, à la veille de sa mort, modifiant le sens ultime à donner à l’ensemble, Pétrarque renumérote en chiffres arabes dans la marge les trente et un derniers poèmes.

Ce manuscrit exceptionnel se trouve à la Bibliothèque vaticane, où il est conservé sous la cote Vat. lat. 3195. En 2003, l’éditeur Antenore de Padoue en a donné un fac-similé de très haute qualité, au tirage restreint.

 

            À la suite des expérimentations réalisées vers la moitié du XVe par Gutenberg dans son atelier de Mayence, le livre imprimé va se diffuser dans toute l’Europe, en modifiant progressivement les pratiques d’écriture et de lecture. Dans sa forme originelle, il présente encore des points communs avec le livre manuscrit (présence de lettrines, forme des lettres, remplissage de la page, etc.), comme le montre le recueil des œuvres du grand humaniste Pic de la Mirandole (1463-1494) qui est un incunable, c’est-à-dire un ouvrage publié avant 1500.

 

 
TEXTES EXPOSÉS

 

PETRARCA Francesco, Rerum vulgarium fragmenta : codice Vat. lat. 3195, Roma : Antenore, Biblioteca apostolica vaticana, 2003. (Fac-similé du manuscrit (partiellement) autographe du Chansonnier de Pétrarque, Vat. Lat. 3195).

BU Rennes 2 XE 5825

 

PICO DELLA MIRANDOLA Giovanni, Commentationes, Bologna : Benedetto Faelli, 1496.

BU Rennes 2 603814

GW M33276, ISTC ip00632000

 

Pour approfondir

- Conférence du 29 février 2016 de Philippe Guérin, professeur à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, à la Bibliothèque de Rennes 2 : « Autour du fac-similé du manuscrit (partiellement) autographe du Chansonnier de Pétrarque » :

https://www.lairedu.fr/media/video/conference/chansonnier-petrarque/

- Jean Pic de la Mirandole, Œuvres philosophiques. Suivies d’une étude sur « humanisme et dignité de l’homme », traduction et notes d’Olivier Boulnois et Giuseppe Tognon, Paris, Puf, 2001.

- Jean Pic de la Mirandole, De la dignité de l’homme (oratio de hominis dignitate), traduction du latin et préface d’Yves Hersant, 1993 (http://www.lyber-eclat.net/lyber/mirandola/pico.html).

- Louis Valcke, Pic de la Mirandole, un itinéraire philosophique, Paris, Les Belles Lettres, 2005.

- Armando Petrucci, La descrizione del manoscritto : storia, problemi, modelli, Roma, Carocci, 20012.

- Armando Petrucci, Libri, editori e pubblico nell’Europa moderna : guida storica e critica, Roma-Bari, Laterza, 20032.

- Fréderic Barbier, L’Europe de Gutenberg : le livre et l’invention de la modernité occidentale, XIIIe-XVIe, Paris, Belin, 2006.

- Pascal Fulacher, Six siècles d’art du livre : de l’incunable au livre d’artiste, catalogue d’exposition, Paris, Citadelles et Mazenod, Musée des lettres et manuscrits, 2012.

 

 


 

PÉTRARQUE, INTELLECTUEL EUROPÉEN
 

 

            Pétrarque (1304-1374) possédait la plus grande bibliothèque privée d’Europe, résultat d’une recherche inlassable de manuscrits qu’il avait entreprise dès le début de ses études et qu’il poursuivra tout au long de sa vie. Il y passait une bonne partie de ses journées, en compagnie des auteurs antiques qu’il chérissait et qu’il avait fini par considérer comme de véritables amis.

Son amour pour les livres s’enracine dans l’idée que le savoir des Anciens a une valeur universelle, car il transmet les outils critiques susceptibles d’analyser le présent et la condition de l’homme en général : cette nouvelle relation au passé, où l’Antiquité devient le fondement d’un nouveau modèle culturel, se diffuse aussi grâce à la vaste et riche correspondance qu’il entretient avec les lettrés de son époque.

 

            Dès la fin du XIVe, Pétrarque est considéré comme un philosophe moral par les Français : on lit d’abord ses œuvres en latin, en particulier le De Remediis utriusque fortunae, où, sous une forme dialoguée, on s’interroge sur comment se comporter dans la bonne et la mauvaise fortune.

Quant à la langue vulgaire, Pétrarque imprime un nouveau cours à l’expression lyrique. C’est surtout autour du milieu du XVIe, que les poètes européens « pétrarquisent » : plus précisément, ils reprennent l’idée du livre de poésie, ils imitent le langage de la poésie amoureuse de Pétrarque et acclimatent dans leur langue des formes poétiques comme le sonnet, inventé par les « Siciliens » au XIIIe siècle.
 

TEXTES EXPOSÉS

 

PETRARCA Francesco, Opera quae extant omnia, Basel, excudebat Heinrich Petri, 1554.

BU Rennes 2 21381

EDIT 16 78658, USTC 604606

 

PETRARCA Francesco, Opera quae extant omnia, Basel : per Sebastianum Henricpetri, 1581.

BU Rennes 2 20616.

EDIT 16 78660

 Pour approfondir

- Pétrarque, Les remèdes aux deux fortunes / De remediis utriusque fortunae, Grenoble, J. Million, 2002, 2 vol.

- Pétrarque, Chansonnier : Rerum vulgarium fragmenta, traduction et commentaires de Gérard Genot, Paris, Les Belles Lettres, 2009.

- Enrico Fenzi, Pétrarque, Les Belles Lettres, 2015.

- Pétrarque en Europe, XIVe-XXe siècle : dynamique d’une expansion culturelle : actes du XXVIe congrès international du CEFI, Turin et Chambéry, 11-15 décembre 1995 : à la mémoire de Franco Simone, Pierre Blanc (dir.), Paris, Champion, 2001.

- Les poètes français de la Renaissance et Pétrarque, Jean Balsamo (dir.), Genève, Droz, 2004.

 


 

L’HUMANISME ET LA REDÉCOUVERTE DE L’ANTIQUITÉ
 

 

            Suivant l’exemple de Pétrarque et animés par le rêve de « restaurer » la grandeur du passé, les humanistes italiens des XIVe-XVe siècles se passionnent pour l’Antiquité dont ils traquent tous les vestiges : Flavio Biondo (1392-1463) est fasciné par les ruines de la Rome antique qu’il décrit en particulier dans sa Rome restaurée, ouvrage qui connaîtra un succès européen grâce à l’imprimerie. Avec la même ardeur, Bartolomeo Marliani (1488-1566) réalise une topographie de la Rome antique et en retranscrit les inscriptions, contribuant ainsi après d’autres au développement de l’archéologie moderne. François Rabelais contribue à la diffusion de l’œuvre de Marliani en le faisant publier à Lyon en 1534 chez Sébastien Gryphe.

 

            L’Humanisme redécouvre également la culture de la Grèce antique : Marsile Ficin (1433-1499), bénéficiant du patronage des Médicis, traduit en latin et commente les œuvres de Platon, de Plotin et les textes de la tradition hermétique, dévoilant une pensée qui, jusqu’alors, n’était pas appréhendée dans son intégralité. Il est aussi l’auteur d’une œuvre originale qui va féconder la réflexion philosophique en Europe : nous pouvons citer en particulier sa Theologia platonica de animorum immortalitate et son De amore.

 

            La forme littéraire qui exprime le mieux le rapport au savoir entretenu par les humanistes et leur conception de l’homme est certainement le dialogue : dans son De dialogo liber, Carlo Sigonio (1524 ?-1584) explique qu’on ne peut cheminer vers la connaissance et la vérité que par la confrontation d’opinions différentes. L’ouvrage exposé est l’editio princeps de l’ouvrage de Sigonio.

 

 
LIVRES EXPOSÉS

 

BIONDO Flavio, De Roma triumphante, Basel : in officina Frobeniana, 1531.

BU Rennes 2 21431.

Adams B 2067. - Index Aureliensis, IV 119458

 

MARLIANI Bartolomeo, Annales consulum, dictatorum, censorumque romanorum a condita urbe usque ad Ti. Caesarem ejusdem in eosdem ac triumphos commentarius, Roma, [Vincenzo Luchino] ex officina Antonio Blado, 1560.

BU Rennes 2 20657.

EDIT 16 24844, USTC 841012

 

PLATO, Omnia divini Platonis opera, Basel, Hieronymus I Froben & Nikolaus I Episcopius, 1532.

BU Rennes 2  21384.

USTC   678373

 

PLOTINUS, De rebus philosophicis libri LIIII in Enneades sex distributi, Basel, Thomas Guarin, 1562.

BU Rennes 2  21396.

USTC 684219

 

SIGONIO Carlo, De dialogo liber, Venezia, apud Giordano I Ziletti, 1562.

BU Rennes 2 55551.

EDIT 16 40975, USTC 856332

 

Pour approfondir

- Flavio Biondo, Roma instaurata / Rome restaurée, édition, traduction, présentation et notes par A. Raffarin-Dupuis, Paris, Les Belles Lettres, 2005, 2 vol.

- Marsile Ficin, Théologie platonicienne de l’immortalité des âmes (Theologia platonica de immortalitate animarum, traduction de R. Marcel, 3 vol., Paris, Les Belles Lettres, 1964-1970.

- Marsile Ficin, Commentaire sur le « Banquet » de Platon « De l’amour », trad. et commentaire de P. Laurens, Paris, Les Belles Lettres, 2002.

- Le commentaire de Marsile Ficin sur le « Banquet » d’amour de Platon, trad. par Symon Silvius dit J. de La Haye, éd. avec introduction et notes de S. Murphy, Paris, H. Champion (« Textes de la Renaissance », 81), 2004.

- Eugenio Garin, Humanisme et vie civile à la Renaissance, Paris, Albin Michel, 2005.

- Le dialogue ou les enjeux d’un choix d’écriture (pays de langues romanes), Ph. Guérin (dir.), Rennes, PUR, 2006.

- Les États du dialogue à l’âge de l’Humanisme, E. Buron, Ph. Guérin, C. Lesage (dir.), PUFR, Tours, 2015.

 

 


 

LA FRANCE, TERRE D’ACCUEIL
 

 

         L’Italie exerce à partir de la fin du XVe une sorte de fascination sur les Européens : elle apparaît non seulement « abondante d’habitants et de richesses » et « illustrée par la magnificence de beaucoup de Princes et par la splendeur de beaucoup de nobles et belles cités », mais aussi « florissante d’hommes excellents dans l’administration des choses publiques, de beaucoup de nobles esprits en toutes sciences et en tout art excellent et industrieux » (Guichardin, Histoire d’Italie, livre I). Sa faiblesse politique en fait toutefois une proie convoitée par les armées des États voisins qui vont déferler dans la Péninsule pendant toute la première moitié du XVIe.

 

Mais les guerres d’Italie favorisent également la circulation des hommes et des livres et la venue d’Italiens en France. Dans un contexte d’affirmation progressive des États, la leçon des humanistes et leurs préoccupations « antiquaires », représentées dans cette section par le grand humaniste Lorenzo Valla (1407-1457), vont nourrir des débats – linguistiques, poétiques, politiques et religieux – bien souvent polémiques qui vont devenir progressivement de véritables enjeux nationaux.

 


 

LATIN, LANGUES ANCIENNES ET LANGUES MODERNES
 

 

            Le dialogue renouvelé qui s’instaure avec les textes de l’Antiquité appelle une relation plus étroite avec la langue dans laquelle ils sont écrits : le De linguae latinae elegantia libri sex de l’humaniste Lorenzo Valla nous plonge directement au cœur de la langue et de la rhétorique latines : s’y dépose le patrimoine culturel de l’Antiquité et elles deviennent à ce titre outils de connaissance et d’appréhension du monde.

Le travail philologique sur les textes conduit à la fabrication de répertoires lexicographiques tels que le Dictionarium latinum de l’humaniste Ambrogio da Calepio (1440-1519) : cet ouvrage savant, voué à un succès extraordinaire qui va perdurer jusqu’au XVIIIe siècle, se transforme dès le début XVIe en dictionnaire polyglotte – le « Calepin » –, accueillant, à côté des langues anciennes, les langues modernes. Le français et l’italien s’y retrouvent ensemble pour la première fois dans une édition lyonnaise de 1565. Dans l’ouvrage exposé, publié à Paris en 1576, elles y côtoient d’autres langues modernes, comme l’allemand et l’espagnol. Le débat linguistique se déplace en effet vers les langues vulgaires : édition augmentée du Dictionnaire François et Italien (1584) de Jean Antoine Fenice, le dictionnaire du lexicographe genevois Pierre Canal (1564-1609), publié pour la première fois en 1598, nous montre clairement que l’enjeu est à présent l’affirmation d’une langue et, partant, d’une culture nationales.

Dans le processus d’appropriation d’une culture étrangère et d’illustration du français, le travail des traducteurs joue un rôle fondamental : Mattioli qui traduit du grec en italien Dioscoride (1544), Du Pinet qui traduit en français l’ouvrage de Mattioli (1561), ainsi que le traducteur anonyme des Secrets du s. Alexis piémontois contribuent par exemple au développement du langage des sciences.

 

TEXTES EXPOSÉS

 

VALLA Lorenzo, De linguae latinae elegantia libri sex, Paris, apud Simon de Colines, 1544.

BU Rennes 2 55534.

USTC 149142

 

CALEPINO Ambrogio, Dictionarium... Adjectae sunt latinis dictionibus hebraeae, graecae, gallicae, italicae, hispanicae et germanicae..., Paris, apud Jean Macé, 1576.

BU Rennes 2 1393.

USTC 65617

 

CANAL Pierre, Dictionnaire françois et italien, Paris : de Monstroeil, 1611.

BU Rennes 2 50073.

 

MATTIOLI Pietro Andrea, Il Dioscoride dell'eccellente medico m. P. And. Matthioli da Siena, Venezia, appresso Vincenzo Valgrisi, 1552.

BU Rennes 2 40228.

EDIT 16 36167, USTC 841563

 

MATTIOLI Pietro Andrea, Commentaires sur les six livres des simples de Pedacius Dioscoride Anazarbeen, Lyon, Gabriel Cotier et Jean d’Ogerolles et Pierre Haultin, 1561.

BU Rennes 2 21451.

USTC 30218

 

RUSCELLI Girolamo, Les Secrets du s. Alexis, piémontois, Lyon, Louis Cloquemin et Etienne Michel, 1572.

BU Rennes 2 57639.

USTC 23322

 

Pour approfondir

- Flavio Biondo, Leonardo Bruni, Poggio Bracciolini, Lorenzo Valla, Débats humanistes sur la langue parlée dans l’Antiquité, textes édités, traduits, présentés et commentés par A. Raffarin, Paris, Les Belles Lettres, 2015.

- Lorenzo Valla, La donation de Constantin : Sur la donation de Constantin, à lui faussement attribuée et mensongère. [Suivi de la Donation de Constantin], traduit et commenté par Jean-Baptiste Giard ; préface de Carlo Ginzburg, Paris, Les Belles Lettres, 1993.

- Penser entre les lignes. Philologie et philosophie au Quattrocento, F. Mariani Zini (dir.), Presses universitaires du Septentrion, 2001.

- Jean Balsamo, Vito Castiglione Minischetti, Giovanni Dotoli, Les traductions de l’italien en français au XVIe siècle, en collaboration avec la Bibliothèque nationale de France, Schena editore – Hermann Éditeurs, Fossano-Paris, 2009.

- Jean Balsamo, « L’amorevolezza verso le cose italiche » : le livre italien à Paris au XVIe siècle, Genève, Droz, 2015.

 


 

LA POÉSIE ET LE SYSTÈME DES GENRES
 

            Le dialogue avec les Anciens fait aussi évoluer le système des genres littéraires. C’est en particulier la lecture de la Poétique d’Aristote qui pousse Le Trissin (Gian Giorgio Trissino, 1478-1550) à écrire entre 1514 et 1515 La Sophonisba, première tragédie « régulière » en langue vulgaire, fondée sur les trois unités (action, temps et lieu) et sur la représentation de caractères exemplaires dont le destin tragique doit pouvoir susciter pitié et terreur chez le spectateur. Ce texte est publié en 1524 et le Trissin y expérimente aussi la réforme orthographique de l’italien qu’il élabore dans les mêmes années et qui prévoit l’introduction de lettres de l’alphabet grec (par ex. « ε » et « ω »). Après avoir traduit la tragédie du Trissin, Mellin de Saint-Gelais la fait représenter à la cour qui se trouvait alors au château de Blois, en 1556.

 

            Quant au Tasse (Torquato Tasso, 1544-1595), il tente avec la Jérusalem Délivrée (1580) de refonder le genre épique, en insistant sur l’importance de l’unité d’action. Le cadre où se développe le récit est celui de la première croisade (1099) : l’auteur y développe aussi des intrigues amoureuses qui se nouent entre les deux camps adverses et qui passionnent les lecteurs de l’époque. Mais ce genre ne va pas s’enraciner en France.

 

            Enfin, dans Le Pastor fido (1589), tout en reprenant la structure de la fable pastorale, Giovan Battista Guarini (1538-1612) introduit des éléments propres à la tragédie et à la comédie – ce qui se prolongera dans la tragi-comédie à la française. L’édition exposée, imprimée à Tours où résidait la cour en 1592, témoigne du succès en France de ce texte qui met en scène les vicissitudes amoureuses de différents personnages.

 

TEXTES EXPOSÉS

 

TRISSINO Giovanni Giorgio, La Sophonisba, Vicenza, per Tolomeo Gianicolo, 1529.

BU Rennes 2 PAT M 174.

EDIT 16 25809, USTC 861247

 

TASSO Torquato, La Gierusalemme liberata, overo il Goffredo del sig. Torquato Tasso. Di nuovo ricorretto..., Parma, nella stamperia d’Erasmo Viotti, 1581.

BU Rennes 2 55552.

EDIT 16 38929, USTC 858302

 

TASSO Torquato, Il Goffredo overo Gierusalemme liberata poema heroico del signor Torquato Tasso, Venezia, appresso Pietro Miloco, 1613.

BU Rennes 2 50411.

USTC 4023190

 

GUARINI Battista, Il pastor fido tragicomedia pastorale del signor cavaliere Battista Guarini, Tours, Apresso Giametto Metaieri, 1592.

BU Rennes 2: 55337.

EDIT 16 69256

 

 Pour approfondir

- José Axelrad, Le thème de Sophonisbe dans les principales tragédies de la littérature occidentale (France, Angleterre, Allemagne) : étude suivie de la « Sophonisbe » inédite de La Grange Chancel représentée à la Comédie Française le 10 novembre 1716, Lille, 1954.

- Le Tasse, La Jérusalem délivrée, édition bilingue de J.-M. Gardair, Paris, Bordas, 1990.

- Giovan Battista Guarini, De la poésie tragi-comique / Il compendio della poesia tragicomica, texte présenté, traduit et annoté par L. Giovarini, Paris, Classiques Garnier Numérique, 2010.

Laurence Giavarini, La distance pastorale : usages politiques de la représentation des bergers, XVIe-XVIIe siècles, Librairie philosophique J. Vrin, 2010.

 

 


 

FERMENTS DE RÉFORME ET CONTRE-RÉFORME
 

            À la crise politique que provoque la descente en Italie de l’armée du roi de France Charles VIII (1494), Jérôme Savonarole (1452-1498) répond en élaborant une proposition de réforme de l’Église et, plus largement, de la société de son époque. Sensibles à ses prêches qui annoncent prophétiquement des calamités mais aussi le pardon de Dieu, les Florentins sont subjugués par ses dons de prédicateur. Et si l’aventure de Savonarole se termine tragiquement en 1498 par une condamnation au bûcher pour hérésie, la fascination que sa personnalité avait exercée (également sur les Français de passage à Florence en 1494) va se prolonger au XVIe siècle et passer les frontières grâce aux recueils de sermons que les Italiens qui se déplacent en Europe emportent dans leurs bagages.

 

            Si l’Église de Rome avait réussi à éteindre les ferments de réforme prônés par Savonarole, elle est incapable d’arrêter le développement de la Réforme protestante qui, depuis l’Allemagne, va se propager dans toute l’Europe. Elle est alors obligée de réfléchir à sa refondation : elle prend appui sur des religieux tels que Charles Borromée (1538-1584) qui, à travers ses écrits, propose de repenser en profondeur le rôle de l’Eglise au sein de la société. Ses textes connaissent une large diffusion, grâce à la force de frappe de l’Eglise romaine.

 

TEXTES EXPOSÉS

 

SAVONAROLA Girolamo, Prediche quadragesimali sopra Amos propheta et sopra zacharia et parte sopra li Evangelii occorrenti, et molti psalmi di David, Venezia, [Brandino Scoto & Ottaviano II Scoto] per Luigi Torti, 1544.

BU Rennes 2 56163.

EDIT 16 34921, USTC 855269

 

SAVONAROLA Girolamo, Prediche sopra Job del R.P.F. Hieronimo Savonarola con una lettera mandata a suo padre quando entro nella religione, Venezia, per Niccolo Bascarini, 1545.

BU Rennes 2 56162.

EDIT 16 31655, USTC 855271

 

PANVINIO Onofrio, Epitome pontificum romanorum a S. Petro usque ad Paulum IV, gestorum (videlicet) electionisque singulorum, et conclavium compendiaria narratio, cardinalium item nomina, dignitatum tituli, insignia, legationes, patria et obitus, Venezia, impensis Giacomo Strada, 1557. 

BU Rennes 2 21416.

EDIT 16 34274, USTC 846540

 

Acta Ecclesiae Mediolanensis, a Carolo cardinali S. Praxedis archiepiscopo condita, Federici card. Borromaei archiepiscopi Mediolani, Milano, ex officina typographica Pacifico Da Ponte, 1599.

BU Rennes 2 20597.

EDIT 16 24427, USTC 842734

 

Pour approfondir

- Philippe de Commynes, Mémoires sur Charles VIII, Livres VII et VIII, présentation et traduction inédite par J. Dufournet, Paris, Garnier Flammarion, 2002.

- Savonarole : enjeux, débat, questions. Actes du colloque international (janvier 1996) réunis par A. Fontes, J.-L. Fournel, M. Plaisance, Paris, Presses universitaire de La Sorbonne Nouvelle, 1998.

- J.-F. Fournel, J.-C. Zancarini, La politique de l’expérience : Savonarole, Guichardin et le républicanisme florentin, Alessandria, Ed. dell’Orso, 2002.

- Jean Delumeau, Thierry Wanegffelen, Naissance et affirmation de la Réforme, Paris, Puf, 20189.

- L’« atelier Borromée. L’archevêque de Milan et le gouvernement de l’écrit (1564-1631) » ; thèse de doctorat de Marie Lezowki, sous la direction de Denis Crouzet, Paris-Sorbonne, 2013.

 

 


 

HISTOIRE ET POLITIQUE
 

 

            La catastrophe politique engendrée par les guerres d’Italie (1498-1559) oblige les Italiens à repenser le rapport avec l’histoire et le politique. C’est avant tout Machiavel (1469-1527) qui s’y attelle : sa « longue expérience des choses modernes » en tant que secrétaire de la République florentine qui en fait un témoin privilégié de l’Histoire, ainsi que « la lecture des choses anciennes », le conduisent à rechercher les règles propres au politique en dehors de toute considération morale. Parce qu’il remet en cause les fondements traditionnels de la pensée politique, Machiavel suscite, dès la publication de ses œuvres, des réactions contrastées et violentes. Malgré leur mise à l’index (1557), ses ouvrages et en particulier Le Prince continueront à circuler en Europe en langue originale ou en traduction.

 

            Quant à Guichardin (1483-1540), après avoir exercé de hautes fonctions auprès des Médicis, il analyse de façon rigoureuse et désenchantée dans son Histoire d’Italie publiée posthume en 1561 les événements qui ont conduit l’Italie sous la domination des armées étrangères et leurs causes. Les Français, protagonistes de cette histoire, font très rapidement traduire cet ouvrage qu’ils renomment dès 1568 Histoire des guerres d’Italie.

 

 
TEXTES EXPOSÉS

 

GUICCIARDINI Francesco, Della Historia d'Italia, Venezia, presso Giovanni Antonio Bertano, 1580.

BU Rennes 2 56757.

EDIT 16 22326, USTC 835411

 

GUICCIARDINI Francesco, L'Histoire d'Italie translatée d'italien en françois, Paris, pour Vincent Normant et Jeanne Bruneau, 1568.

BU Rennes 2 1482.

USTC 24444

GUICCIARDINI Francesco, Histoire des guerres d'Italie, advenues sous les regnes des rois très chrestiens Charles VIII, Louys XII, et François I, Paris : chez Iean Houzé, 1612.

BU Rennes 2 1301.

 

MACHIAVELLI Niccolò, Tutte le opere, divise in cinque parti [s.l. : s.n.], 1550.

Contient I. Historie fiorentine ; II. Il Principe. La Vita di Castruccio Castracani. Il modo che tenne il duca Valentino. Ritratti delle cose della Francia et dell'Alamagna ; III. Discorsi sopra la prima deca di T. Livio ; IV. I sette libri dell'arte della guerra ; V. L'Asino d'oro, con tutte l'altre sue operette. Privilège de Blosius accordé à A. de Baldus. Probable contrefaçon du XVIIe (1628-1632 environ). Cf. S. Bertelli. P. Innocenti, Bibliografia machiavelliana, n. 204;

BU Rennes 2 55554

 

MACHIAVELLI Nicolo, Les Discours de l'estat de paix et de guerre de Messire Nicolas Macchiavelli, secretaire & citoyen florentin, sur la première decade de Tite Live, comprins en trois livres. Ensemble, un livre du mesme auteur intitulé le Prince. Le tout traduit de l'italien en françois par Jean Gohory, Rouen : chez Jean Crevel, 1586.

BU de Rennes 1 Fonds ancien 50715.

USTC  37609

 

Pour approfondir

 

- Machiavel, De principatibus. Le Prince, introduction, traduction, postface, commentaire et notes de J.-L. Fournel et J.-C. Zancarini, texte italien établi par G. Inglese, Paris, PUF, 2000.

- Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, traduction d’A. Fontana et X. Tabet, préface et notes d’A. Fontana, Paris, Gallimard, 2004.

- Francesco Guicciardini, Histoire d’Italie 1492-1534, édition établie par J.-L. Fournel et J.-C. Zancarini, Paris, Robert, Laffont, 1996.

- Felix Gilbert, Machiavel et Guichardin : histoire et politique à Florence au XVIe siècle, Paris, éd. du Seuil, 1996.

- Catégories et mots de la politique à la Renaissance italienne, J.-L. Fournel, H. Miesse, P. Moreno (dir.), Peter Lang, 2014.

 



 

Le Fonds ancien de la bibliothèque universitaire de Rennes 2

 

            La bibliothèque de l’université Rennes 2 conserve un fonds ancien dont l’intérêt tient, en grande partie, à la présence d’environ 700 ouvrages du XVIe siècle sur un total de près de 12000 antérieurs à 1801. L’origine de ce fonds, comme de celui de l’université de Rennes 1, est liée aux saisies des biens ecclésiastiques opérées après 1905, à la suite de la loi de séparation de l’Église et de l’État. Il s’agit d’ouvrages en provenance des institutions religieuses (d’Angers en particulier). Plusieurs des ouvrages gardent la trace de leurs anciens possesseurs. On trouve en particulier l’ancien tampon du séminaire d’Angers ou les ex-libris des couvents angevins. D’autres ouvrages sont des dons et legs de chercheurs et d’érudits.

            Y sont mentionnés aussi des ouvrages illustrés remarquables (80 environ), de nombreuses reliures soignées (environ 400) et de quelques points forts (pamphlets et controverses, bibles et ouvrages liturgiques, poésie, philosophie).

Une analyse plus récente permet de dégager 5 corpus intéressants :

·       les livres du XVIe siècle,

·       ceux liés à la Bretagne et aux Pays celtiques,

·       un fonds sur la littérature britannique (et le théâtre élisabéthain),

·       les livres de controverse et pamphlets,

·       les livres de voyage.

 

            Le plus ancien des ouvrages du fonds, un incunable, est présenté dans la première vitrine. Il s’agit d’une édition des Opuscula [Petites oeuvres] de Jean Pic de la Mirandole, imprimée à Bologne par Benoît Faelli, 2 ans après la mort de Pic. L’édition est datée du printemps 1496, entre le 20 mars et le 16 juillet précisément. Il est intéressant de croiser ici, à l’entrée de cette exposition intitulée « La primavera del libro » la personnalité exceptionnelle de Pic de la Mirandole.

 

Dominique Bougé-Grandon

Conservateur des bibliothèques

Chargée de mission Fonds ancien

Service commun de documentation

Université Rennes 2

Informations pratiques
Campus Villejean

Bibliothèque universitaire Rennes 2
 

20 mars 2017
-
31 mars 2018

14 mars-28 avril 2017

Contact

dominique.bouge-grandon [at] univ-rennes2.fr

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